Après la condamnation d’une psychiatre, les médecins affichent leur solidarité

Après la condamnation d’une psychiatre, les médecins affichent leur solidarité

19.12.2012
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Un an de prison avec sursis pour homicide involontaire. La peine confirmée par le tribunal de grande instance de Marseille à l’encontre de la psychiatre Danièle Canarelli, dont le patient psychotique a tué l’ami de sa grand-mère en 2004, a suscité un vent de solidarité au sein de la profession.

Les principaux syndicats de psychiatres ont immédiatement exprimé leurs craintes devant une décision juridique sans précédent, qui pourrait faire jurisprudence. « La responsabilité du psychiatre n’avait jusqu’à présent jamais été recherchée sur ce terrain. Le président du tribunal [Fabrice Castoldi] dit ne pas juger la psychiatrie. Mais c’est le procès de tous les psychiatres ! Désormais nous avons une épée de Damoclès sur la tête », estime le Dr Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux. « Je suis choqué et indigné »,déclare le Dr Olivier Labouret, à la tête de l’Union syndicale de la psychiatrie.

Sur lequotidiendumédecin.fr, nombreux sont les lecteurs qui ont manifesté leur désaccord dès l’ouverture du procès.« Nous sommes tous des Drs Canarelli ! Lorsqu’un tribunal correctionnel condamne un confrère pour erreur de diagnostic la République est en danger », écrit un médecin.

Ni devins, ni fakirs

Les médecins dénoncent d’abord le rôle prédictif attribué, à tort, à la psychiatrie. « Nous pouvons agir sur le traitement d’un malade, mais nous ne maîtrisons pas les facteurs environnementaux : les rencontres qu’il fait, le contexte dans lequel il évolue », explique le Dr Michel Triantafyllou, président du Syndicat des psychiatres d’exercice public (SPEP).

Au fond, il y aurait une méconnaissance de la spécificité de la psychiatrie. « Ce n’est pas une science exacte, il est faux de croire que tout trouble est une maladie qu’on peut soigner par un traitement neuroleptique. Si l’on pouvait prédire les actes à venir, on serait dans un système totalitaire », critique le Dr Labouret. C’est donc déplacer la question que de sanctionner le Dr Canarelli pour un diagnostic erroné, estime-t-il.

Si certaines voix se font plus nuancées, questionnant à demi-mot certains aspects de la prise en charge proposée par le Dr Canarelli, tous les psychiatres s’inquiètent des conséquences sur leur pratique. « Qui va oser faire sortir un patient réputé dangereux ? », s’interroge le Dr Triantafyllou. Pour Norbert Skurnik, vice-président de l’intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (IDEPP), interrogé au micro de France Inter, la tentation de l’enfermement est un risque tangible.

Le Dr Skurnik sur France Inter, ce mercredi 19 décembre.

Boucs émissaires

« Notre consœur est le bouc émissaire d’une caste judiciaire », « on jette à la vindicte publique le corps médical et psychiatrique sans autre forme de procès », « si les psychiatres deviennent les boucs émissaires des actes de leurs patients la tendance risque d’aller à nouveau à l’enfermement et à la déresponsabilisation massive des patients » : les lecteurs du Quotidien expriment dans certains de leurs commentaires le malaise des psychiatres, qui se sentent tiraillés entre défense des patients (y compris contre eux-mêmes), et celle de l’ordre social.

« Historiquement, la psychiatrie était du côté du patient, aidée par la psychanalyse, une nouvelle attention portée à la souffrance au travail, au harcèlement. Mais un tournant s’opère où il faut défendre la société contre le patient », analyse le Dr Pénochet. Le mécanisme du bouc émissaire est en place : « La psychiatrie qui confisque l’auteur d’un crime en le déclarant irresponsable ne satisfait plus la demande de réparation symbolique des victimes, qui demandent alors à ce qu’elle le rende », poursuit le président du SPH.

Que fait la justice ?

Les lecteurs du « Quotidien » sont sévères à l’égard de la justice. « C’est bien le système judiciaire et la surveillance de ces patients qui est à revoir », écrit un médecin. Les syndicats hospitaliers relativisent et saluent l’instauration, dans la loi sur les soins sans consentement de 2011, d’un contrôle par le juge des libertés.

Mais tous appellent à la justice de l’Ordre des médecins (qui n’a pu être joint ce mercredi).

 COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 26 Commentaires
 
22.12.2012 à 13h35

« Ne peut-on proposer une pétition nationale pour soutenir le médecin ? »
N. Almar, médecin généraliste, psychanalyste "retraitée".

Répondre
 
22.12.2012 à 12h31

« Les psychiatres se trouvent aujourd'hui sur le banc des accusés. A bientôt la médecine à l'américaine où il y a des pub posées à la sortie des hôpitaux offrant un procès aux malades non satisfaits Lire la suite

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22.12.2012 à 11h01

« Au delà des indignations de circonstances et toute la sympathie pour notre malheureuse confrère accablée dans sa pratique de psychiatre, il faut savoir analyser les faits au delà des positions passi Lire la suite

Répondre
 
22.12.2012 à 09h03

« Un juge a-t-il jamais été mis en examen pour avoir autorisé la remise en liberté d'un violeur ou d'un assassin qui récidive ?
Une même justice pour tous; après tous les médecins soignent mais cela n Lire la suite

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21.12.2012 à 12h00

« Je pense que la responsabilité, et donc la possibilité d'être condamné au pénal en cas d'erreur grave, est inhérente à la noblesse de la profession de médecin. Ce qui me paraît inacceptable c'est l' Lire la suite

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