#PrivésDeDéserts, les coulisses d’une opération commando menée par 24 médecins

#PrivésDeDéserts, les coulisses d’une opération commando menée par 24 médecins

10.09.2012
  • privésdedéserts

Ils s’appellent Dr Borée, Farfadoc, Genou des alpages, Yem, Doc Souristine, Fluorette, Gélule… 24 blogueurs, tous médecins, ont créé le buzz lundi 3 septembre avec l’opération « Privés de Déserts » (#PrivésDeDéserts). Objectif : faire connaître leurs idées pour s’attaquer au problème des déserts médicaux en France. Le jour J, à 9h00, leurs propositions sont diffusées simultanément sur 24 blogs, après une campagne de teasing savamment orchestrée sur Twitter.

L’opération est une réussite totale : l’information fait le tour des réseaux sociaux, avant d’être reprise par les sites médicaux puis par les journaux, les radios et les chaînes de télé. Elle attire l’attention de Marisol Touraine, qui s’adresse aux médecins dès lundi soir... sur Twitter bien sûr. « Prête à travailler avec vous », lance la ministre de la Santé sur le réseau.

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L’affaire « fesses à l’hôpital »

Comment 24 médecins, sans relais dans les médias traditionnels, ont-ils réussi ce coup de maître ? « On a monté une véritable opération de communication, explique le Dr Dominique Dupagne, membre du collectif et vieux briscard de l’Internet  (1). On a réfléchi ensemble sur quel hashtag (2) communiquer, on a choisi des phrases chocs, on a aussi mis un peu de provocation dans nos propositions et beaucoup d’audace... et ça a marché. »

L’énorme buzz estival autour de l’affaire des blouses d’hôpital, initiée par une kiné blogueuse et qui a suscité la réaction de Marisol Touraine, a aussi servi de déclencheur. « C’est un exemple où le web a permis de forcer les barrages de communication habituelle et a conduit un ministre à intervenir », constate le Dr Dupagne.

Le succès surprend tout de même les praticiens par son ampleur. « Dire que je m’attendais à un tel écho serait mentir, confie Dr Borée. Cependant, je suis convaincu depuis longtemps de la puissance du web et de sa capacité à faire bouger les choses par dessus les ordres établis. » Gélule, jeune médecin remplaçante – et blogueuse en herbe – avoue qu’elle ne savait « pas trop quoi en attendre ». « Je me suis dit, on va lancer et on verra bien... On n’a pas été déçu ! »

Une aventure communautaire

L’aventure a commencé il y a deux mois. À cette époque, le Conseil national de l’Ordre des médecins déclenche une vive polémique en suggérant d’imposer aux jeunes diplômés leur lieu d’exercice. Sur Twitter, la blogosphère médicale s’enflamme pour le sujet. « Tout le monde râlait, se souvient le Dr Dupagne. On échangeait beaucoup, et à un moment, quelqu’un a dit qu’il fallait aller plus loin, faire des propositions. » Tout est ensuite allé très vite. Le projet est discuté par mail, sur une liste de diffusion privée, puis un document est élaboré sur Google Drive, en mode collaboratif. « Ponctuellement, nous avons organisé des votes en utilisant le système Doodle (par exemple pour l’intitulé des MUSt) (2) », détaille Dr Borée.

« L’aspect 2.0 du projet est une bouffée d’oxygène, l’impression de pouvoir faire bouger les choses de la base », s’enthousiasme Farfadoc. Cette généraliste installée en semi rural depuis 5 ans (et depuis début 2012 sur Twitter) insiste sur l’absence de leadership : « On a tout décidé ensemble, le texte, sa présentation, le fait que chacun puisse mettre sa petite touche personnelle sur son blog. »

Les liens d’amitiés tissés entre les praticiens et une vision commune de l’exercice de la médecine facilitent les échanges et permet de dégager un consensus. « Globalement nous nous connaissons les uns les autres via Twitter, et beaucoup se sont rencontrés de visu par le passé », raconte Yem, membre du collectif et blogueuse depuis 6 mois.

Et maintenant ? Le tweet de Marisol Touraine a été accueilli avec beaucoup de plaisir par les 24. « En revanche, depuis, il n’y a eu aucun contact et nous attendons la suite des évènements, prévient Dr Borée. Si ce n’était qu’un simple "accusé de réception" visant un simple coup de communication, nous saurons nous rappeler à son bon souvenir. »

De son côté, le Dr  Dominique Dupagne espère surtout que ces idées se frayeront un chemin dans le monde médical. « Notre but n’est pas de créer un collectif et de rencontrer la ministre, explique-t-il. Mais on espère que les syndicats reprendront certaines de nos propositions. » La balle est maintenant dans leur camp.

24 solistes qui jouent collectif
Qui sont ces médecins à l’origine de l’un des plus gros  buzz médicaux sur le  Web ? Pour la  plupart des généralistes,  blogueurs plus ou moins assidus.  « Les profils sont très divers, détaille le  Dr  Dominique  DupagneCertains sont installés en ville, à la campagne, d’autres sont remplaçants, internes... Il y a 13 hommes et 11 femmes, âgés entre 22 et 55 ans. » Tous se sont rencontrés virtuellement sur  Twitter et par courrier électronique, ou via leurs  blogs.
Certains d’entre eux ont par ailleurs acquis une belle notoriété sur le  Web grâce à leurs  blogs. C’est le cas du  Dr  Borée, la quarantaine, auteur d’un ouvrage sur son expérience de médecin de campagne. Installée dans le sud-ouest, en zone rurale isolée, il  poste depuis février 2010 2 à 4 billets par mois rédigés sur son temps libre, le soir ou le  week-end : «  J’écris autant “d’histoires de consultations”  relatant des expériences avec mes patients que de billets techniques ou de fond. »  Docteur Couine et  Gélule, elles,  bloguent en images. Tous en tirent de la satisfaction. «   Les échanges avec la petite communauté de soignants et patients sur Twitter et sur les blogs sont extrêmement riches et nous avons souvent l’occasion de discuter de notre façon de voir l’exercice de nos métiers respectifs », confie  Farfadocblogueuse depuis  mars 2012.

(1) Dominique Dupagne anime le blog Atoute.org sur lequel ont été centralisées les signatures de soutien aux propositions #PrivésDeDéserts.
(2) hashtag : précédé du caractère #, ce mot clé permet aux membres d'un réseau de suivre une conversation autour d'un thème donné.
(3) Les MUSt font partie des propositions des 24. Il s'agit de « maisons universitaires de santé » qui constituent « l’équivalent du CHU pour la médecine de ville ».

 STÉPHANE LONG
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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