La vente libre d’un autotest du VIH aux USA suscite la réserve des associations

La vente libre d’un autotest du VIH aux USA suscite la réserve des associations

04.07.2012
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L’agence américaine des médicaments (Food and drug administration, FDA) a autorisé, hier, pour la première fois, la vente libre d’un test rapide de dépistage du sida, l’OraQuick In-Home HIV, du laboratoire OraSure technologies. Dès octobre, les Américains pourront se le procurer dans plus de 30 000 points de distribution (pharmacies, épiceries, internet....), pour un prix qui devrait être légèrement supérieur aux 17,50 dollars demandés aux médecins. Simple d’utilisation, le OraQuick livre un résultat en 20 à 40 minutes à partir d’un prélèvement de salive sur les gencives.

La marge d’erreur du test n’est pas négligeable. Si le résultat est fiable dans 99,98 % des cas où les personnes ne sont pas contaminées, il ne détecte avec succès une infection au VIH que dans 92 % des cas, soit en dessous du seuil de 95 % recommandé par la FDA. Et il ne réduit pas l’incertitude liée à la fenêtre sérologique de 3 mois. Selon l’agence, quelque 3 800 cas de sujets séropositifs par an pourraient ne pas être détectés.

Mais dans un pays où 20 % des 1,2 million de personnes contaminées par le VIH ignorent leur séropositivité, ce test rapide représente « un pas en avant très positif », estime le Dr Anthony S. Fauci, spécialiste du sida et directeur du National Institute of allergy and infectious diseases. Autre argument mis en avant par la FDA, l’OraQuick endiguerait l’épidémie de VIH (50 000 nouveaux cas par an). « Savoir si on est infecté ou non est un facteur important pour le succès des efforts visant à empêcher la propagation du VIH », souligne le Dr Karen Midthun, directrice du centre d’évaluation biologique et de recherche de l’agence américaine.

La prise en charge avant tout

Les acteurs de la lutte contre le VIH/SIDA en France (où les tests rapides d’orientation au dépistage sont confiés aux professionnels y compris non médicaux depuis 2010, mais pas au grand public) sont plus mesurés même si le principe de l’autotest n’est pas remis en cause. « Faciliter les dépistages précoces pour des populations précaires ou qui n’ont pas d’accès aux soins de proximité est toujours une bonne chose », estime Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du Monde.

Mais en l’absence d’un système global de prise en charge, l’outil n’est pas suffisant pour contrer l’épidémie du VIH. « Il est très important qu’une personne formée, médecin ou non, accompagne la personne avant, pendant et après le test, soit pour l’orienter vers d’autres tests et l’intégrer dans un parcours de soins si elle se révèle séropositive, soit pour donner des conseils pour rester séronégatif », poursuit Jean-François Corty.

« Sans prévention, sans éducation des jeunes et des personnes à risques, sans un accès aux soins égalitaires, l’autotest n’est pas en soi un outil de santé public : ce n’est pas ça qui fait une politique de dépistage », renchérit Christian Andréo, directeur des actions nationales à AIDES. Pas de blanc-seing pour les États-Unis : « La mise en vente libre de l’OraQuick est cohérente avec le système américain plombé par des carences en matière d’accès aux soins et de prévention. La maladie reste dans la sphère privée », tranche Christian Andréo, peu convaincu que la réforme de la santé de Barack Obama réduise à court terme les inégalités d’accès aux soins.

L’association américaine NAPWA (The national association of people with aids) ne se satisfait pas davantage du dispositif : « le débat est loin d’être tranché ». Et d’égrener les questions cruciales : Que faire si une personne qui découvre sa séropositivité ne sait pas l’affronter ? Le laboratoire vendra-t-il dans son kit des instructions pour appeler une hotline disponible 24 heures sur24 ?

En France, « on autorisera les TROD (test rapide d’orientation diagnostique) en vente libre tôt ou tard », prédisent les deux associatifs, qui insistent sur la nécessité d’une politique de prévention. Avec une priorité : coupler les TROD VIH à ceux des hépatites B et C, pour ne jamais donner l’illusion, si le premier se révèle négatif, que tout va bien.

 COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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