Tchernobyl : le nuage s’évapore en un non-lieu

Tchernobyl : le nuage s’évapore en un non-lieu

07.09.2011
En décidant d’un non-lieu, la cour d’appel de Paris a mis fin à l’enquête ouverte en 2001 sur l’impact du nuage de Tchernobyl en France. Elle estime ainsi que la catastrophe nucléaire de 1986 n’a pas eu de conséquence sanitaire mesurable en France. Colère et indignation des parties civiles, qui souhaitent se pourvoir en cassation.
  • 1315409874277756_IMG_66337_HR.jpg

LA CHAMBRE d’instruction de la cour d’appel de Paris a mis fin à l’enquête sur l’impact du nuage de Tchernobyl en France. Elle accorde un non-lieu à l’ancien responsable du Service central de protection contre les rayons ionisants (SCPRI), le Pr Pierre Pellerin, qui était le seul mis en examen pour « tromperie aggravée » en 2006 dans cette affaire. « C’est un point final à ce dossier », a dit Me Bernard Fau, l’avocat des parties civiles. « C’est une décision qui va laisser un goût amer du point de vue des victimes. Elle va également laisser un goût amer chez tous ceux qui, dans la société civile, ont attaché un intérêt à l’impact que peut avoir un nuage radioactif survolant un pays après une catastrophe nucléaire », a-t-il poursuivi.

L’enquête avait été ouverte en 2001 après une plainte de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRad). La juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy avait concentré ses investigations sur les informations communiquées en termes de radioactivité sur l’Hexagone au moment du passage du nuage au printemps 1986. Pour le ministère public, qui demandait la fin de l’enquête, les analyses scientifiques versées au dossier s’accordent pour établir que la catastrophe nucléaire de 1986 n’a pas eu de conséquence sanitaire mesurable en France. En particulier, aucun lien n’a été fait avec des maladies de la thyroïde.

L’État accusé.

Tout en reconnaissant que des raisons pouvaient justifier l’arrêt de cette enquête, Me Bernard Fau a estimé qu’il aurait été plus « satisfaisant » de voir la juge d’instruction décider de clore elle-même ce dossier. Le député Noël Mamère (Europe Écologie-Les Verts) s’élève contre le non-lieu. « Tous les grands organismes internationaux ont reconnu le mensonge d’État proféré par le Pr Pellerin à l’époque de Tchernobyl. Je suis moi-même allé jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme, qui a condamné le gouvernement français, a-t-il expliqué à l’AFP. C’est une preuve supplémentaire de la nécessité de sortir du nucléaire, qui est une industrie dangereuse et qui est fondée sur le mensonge et l’omerta. C’est aussi une insulte pour ceux qui sont malades des suites du passage du nuage de Tchernobyl. » Même indignation pour la députée européenne Corinne Lepage et pour la candidate d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle, Eva Joly, qui dénonce un « État au-dessus des lois ».

En Corse, où l’augmentation du nombre des malades de la thyroïde a explosé dans les années suivant la catastrophe, ce non-lieu est d’autant plus incompris. « On s’est moqué de nous », déclare le Dr Denis Fauconnier, généraliste aujourd’hui retraité, l’un des premiers à avoir alerté sur les retombées du nuage. « Les dégâts provoqués étaient connus au plus haut niveau de l’État. Je n’ai cessé depuis 1986 de réunir les preuves de la répercussion du passage du nuage radioactif sur la Corse, elles sont irréfutables. » Plusieurs experts ont observé « une augmentation importante à très importante après 1986 dans l’espèce humaine de la proportion des troubles thyroïdiens par rapport aux autres affections endocriniennes ». La présidente à l’Assemblée de Corse de la commission Tchernobyl, chargée d’établir une carte épidémiologique sur l’île, a indiqué que les travaux continueraient. « Nous n’acceptons pas le mensonge d’État et notre enquête doit permettre à des victimes d’aller en justice », a insisté Josette Risterucci.

L’avocat des parties civiles, Me Fau, a annoncé que « l’association qui regroupe les victimes va se pourvoir en cassation contre cet arrêt pour avoir épuisé toutes les voies de recours ».

STÉPHANIE HASENDAHL
Source : Lequotidiendumedecin.fr

Commentez

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

A la une

add

Pollution de l'air : la DGS appelle à la vigilance pour les plus vulnérables

alternee

Alors que l'épisode de pollution de l'air aux particules fines PM10 s'étend sur l'Ile-de-France, les Hauts-de-France, la Normandie, le... Commenter

À Reims, la corpo et le CHU déroulent le tapis rouge aux nouveaux internes

À Reims, la corpo et le CHU déroulent le tapis rouge aux nouveaux internes-1

Le comité des internes de Reims Champagne-Ardenne (CIRC) et le CHU de Reims organisent depuis deux ans une journée pour accueillir les... 1

A découvrir

l'annuaire du-diu

GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter

imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter