Hôpitaux libyens : entre chaos et carnage

Hôpitaux libyens : entre chaos et carnage

29.08.2011
Après six mois de guerre civile, et alors que les rebelles continuent de gagner du terrain, les hôpitaux libyens sont exsangues et le personnel médical, lorsqu’il est présent, peine à répondre à la demande.
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La violence commence à s’éloigner de Tripoli, mais la ville manque aujourd’hui de tout : eau, produits de première nécessité et nourriture. Les infrastructures médicales n’échappent pas au chaos. Cas extrême, un hôpital du sud de la capitale, qui est resté aux mains des pro-kadhafistes du samedi 20 août au jeudi 25 août, a vu mourir ses blessés, faute de soins. Selon les médecins, les forces loyalistes, qui combattaient les rebelles dans le quartier populaire d’Abou Salim, ont tenu à distance victimes et personnel soignant avant d’être vaincues. Résultat, vendredi dernier, l’hôpital était devenu une morgue. Une vingtaine de cadavres pourrissaient sur la pelouse devant le bâtiment de 3 étages à la façade criblée de balles. L’odeur asphyxiait les quelques survivants tandis que les morts s’entassaient dans les différentes salles. « C’est un désastre, il n’y a plus de médicaments dans l’hôpital, plus de personnel médical. Tous sont partis par peur des snipers », raconte à l’AFP Mohammed Younes, étudiant en médecine dentaire, reconverti en infirmier. Ce n’est que vendredi matin qu’un convoi de la Croix-Rouge a pu secourir 17 survivants. « Les blessés seront emmenés dans l’hôpital central de Tripoli », a expliqué une infirmière de l’organisation.

Mais même les hôpitaux qui fonctionnent encore ne parviennent pas à répondre à la demande. Jonathan Whittall, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF), décrit une situation apocalyptique. Alors que les structures médicales étaient déjà débordées avant les derniers combats, l’afflux de blessés est difficilement maîtrisable. « Les hôpitaux présentent des scènes chaotiques, beaucoup de médecins et d’infirmières ne peuvent y accéder parce qu’ils habitent dans des quartiers où l’insécurité règne encore. Le personnel médical manque », témoigne-t-il sur le site de l’organisation non gouvernementale. « Les hôpitaux sont pleins de blessés, dans les services d’urgence et dans les autres services. Dans un établissement que j’ai visité, ils avaient installé des patients dans des maisons à côté de la clinique. Certains hôpitaux sont à court de médicaments et d’équipements vitaux. Il y a peu d’électricité et pas assez de carburant pour les ambulances. »

Selon MSF, la première journée des combats a amené 100 blessés dans une clinique, qui a également traité 90 cas de fractures ouvertes : une cadence insupportable pour des infrastructures déjà fragiles.

Traumatismes psychiques

Au-delà des blessures physiques, les souffrances psychologiques sont également difficilement prises en charge. Dans l’unique hôpital psychiatrique de Tripoli, la tâche des médecins, ardue sous le régime de Kadhafi, se complique encore avec l’arrivée des victimes des combats. « Des gens guéris depuis dix ans sont revenus, ils ont rechuté à cause de la guerre », confie un praticien à l’AFP sous couvert d’anonymat. « Nous avons aussi plein de nouveaux cas, peut-être 15 par jour depuis le début de la révolution. Ils souffrent de troubles post-traumatiques, de stress, de psychoses. Nous recevons aussi des prisonniers sortis des geôles de Kadhafi et des hommes des milices loyalistes », résume-t-il. Comme dans les autres hôpitaux, le personnel médical manque : les médecins étrangers (Égyptiens, Pakistanais, Irakiens) ont rejoint leur pays. Ne restent que 20 praticiens, comme dans le deuxième hôpital psychiatrique du pays, situé à Benghazi. Trop peu pour accueillir 80 patients, confinés dans une aile destinée à 40 personnes. « Au lieu de garder les patients un ou deux mois, on les garde une semaine ou deux pour pouvoir en recevoir d’autres. À cause de cela, certains reviennent aussitôt parce qu’ils souffrent vraiment », explique le médecin, qui déplore la stigmatisation de la maladie mentale en Libye.

Face à cette situation, les pays frontaliers, notamment la Tunisie, se mobilisent. Le ministère de la Santé tunisien a organisé une campagne nationale de collecte de sang le week-end dernier, tandis que plusieurs centaines de blessés libyens sont soignés dans les hôpitaux de Sfax, Ben Guerdane, Djerba. La Commission européenne vient d’annoncer l’ouverture d’un bureau d’aide humanitaire dans la capitale, après celui de Benghazi. L’Union européenne a par ailleurs dégelé 10 millions d’euros aux opérations d’urgence dans la région de Tripoli. Enfin, les ONG accentuent leur aide en personnel et en matériel, comme MSF, qui a envoyé des équipes de traumatologie et de gynécologie-obstétrique à Misrata, de psychiatrie à Benghazi, et de chirurgie à Yefren.

 COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 1 Commentaire
 
01.09.2011 à 08h13

« Où peut-on apporter de l'aide humanitaire ? »

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