David Servan-Schreiber, des neurosciences aux médecines alternatives

David Servan-Schreiber, des neurosciences aux médecines alternatives

25.07.2011
« Peut-être ne fêterai-je pas mon cinquante-et-unième anniversaire. Mais je suis heureux d’avoir été porteur de valeurs auxquelles je reste extrêmement attaché. » David Servan-Schreiber est mort dimanche à 50 ans, succombant à une récidive, la deuxième, d’une tumeur cérébrale primitive. « The big one », écrivait-il dans un livre-testament publié il y a quelques semaines, « On peut se dire au revoir plusieurs fois ». Son combat contre le cancer, diagnostiqué et opéré en 1992, aura duré une vingtaine d’années.
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Fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber, fondateur de « l’Express », David commence ses études de médecine en 1978 à la faculté Necker-Enfants malades et les poursuit au Québec, où il effectuera son internat de médecine interne et psychiatrie. En 1985, il bénéficie d’une bourse d’études avancées (Fellowship) aux États-Unis, à l’université Carnegie Mellon de Pittsburg, et consacre ses recherches aux applications de l’intelligence artificielle en médecine. De 1988 à 1996, il codirige le laboratoire de sciences neurocognitives cliniques de l’université. Nommé professeur en neurosciences en 1990, il effectue un internat en psychiatrie avant d’être nommé professeur assistant de psychiatrie et d’exercer dans le service de consultation du Presbyterian Hospital et en gériatrie (1993 à 1996). En 1997, il devient chef de la division Psychiatrie du Centre médical de l’université de Pittsburgh et dirige les programmes d’internat de Sciences du comportement en médecine interne et en médecine familiale, fonctions qu’il occupe jusqu’en 2001. Toujours en 1997, il contribue à la création du centre de médecine intégrative, dont il devient le directeur jusqu’en 2001, à l’hôpital Shayside. Ses recherches portent sur l’apport des médecines complémentaires chez les patients atteints de troubles psychiatriques. Sa brillante carrière sera récompensée par plusieurs prix.

Polémiques.

En France, il se fait connaître surtout par la publication en 2003 de son premier ouvrage grand public au titre provocateur : « Guérir, sans médicaments ni psychanalyse », dans lequel il développe une approche « écologique qui respecte le corps et l’esprit » appelant au développement des méthodes naturelles : acupuncture, exercice physique, alimentation (acides gras oméga 3), relaxation, mais aussi de l’EMDR, méthode utilisée dans le traitement du stress post-traumatique (il fonde l’association EMDR France, dont il restera le président d’honneur). L’ouvrage, immense succès de librairie, déclenchera de vives polémiques alimentées par les critiques suscitées par la création d’une société chargée de commercialiser des gélules d’oméga 3 - il en sera membre du conseil scientifique et actionnaire jusqu’en 2007.

Cette année-là, il publie « Anticancer ». Le livre donne la clef de son parcours, de médecin et chercheur en neurosciences à adepte des médecines alternatives. On y découvre que son expérience personnelle du cancer et de la récidive aura été le moteur d’une réflexion profonde sur l’importance du mode de vie, de la nutrition et de la prise en main, par le patient, de sa propre souffrance. Son programme anticancer ne remet pas en cause les avancées de la cancérologie moderne, à laquelle il n’a jamais hésité à recourir, mais repose sur un ensemble de valeurs que les Anglo-Saxons appellent l’« empowerment » et qu’il décrit dans son dernier livre comme « la capacité vitale de reprendre le pouvoir sur soi-même ».

Refuser la passivité.

Jusqu’au bout et malgré la récidive, il défendra son programme et ses valeurs : « Ma rechute entame-t-elle la crédibilité de la méthode anticancer ? Je réponds catégoriquement que non ». Les preuves présentées dans « Anticancer » « ne sont pas fondées sur mon expérience personnelle mais sur la littérature scientifique », précisait-il. Quant aux valeurs, « je suis très fier d’avoir contribué à faire avancer cette idée dans mon domaine, la médecine - même s’il reste du chemin à faire », confiait-il. Le 2 juillet dernier, il lançait sur son blog un dernier message : « Malgré toute sa technicité, la médecine conventionnelle ne suffira pas à éteindre cet incendie. C’est à chacun de se prendre en main pour changer de style de vie. »

On retiendra aussi son engagement humanitaire marqué par le même refus de la passivité. Il fut un des cofondateurs de Médecins sans frontières USA, dont il sera membre jusqu’en 2000 et qu’il rejoignait chaque année au mois d’août pour des missions de trois mois, au Guatemala (1996), en Inde (1997), au Tadjikistan (1998) et au Kosovo(1999).

David Servan-Schreiber sera inhumé jeudi « dans l’intimité familiale » à Veulettes-sur-mer (Seine Maritime). Sa famille précise que des dons peuvent être adressés à l’Institut Curie.

 Dr LYDIA ARCHIMÈDE
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 2 Commentaires
 
27.07.2011 à 23h06

« Je ne connais pas en détail la maladie (gliome cérébral) de Mr Servan-Schreiber, peut-être est-elle exposée précisément dans ses livres que je n'ai pas lus. Simplement, à titre scientifique, il faut Lire la suite

Répondre
 
25.07.2011 à 18h47

« Des médecins qui ont des idées nouvelles sur le concept de la maladie et les soins de la médecine et qui, forcément, vont au-delà de la pratique quotidienne, souvent ont été mal compris. C'est toujo Lire la suite

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