Le quotidien du médecin en page d'accueil | Le Quotidien en favoris | Toute l'actu | Aide | Flux RSS

 

Réforme du système de santé : l’ordonnance choc de Terra Nova

 24/08/2012
  Imprimer  Envoyer par email
 

« Réinventer le système de santé ». C’est ce que Terra Nova, « think tank » proche du PS, développe à travers 32 propositions remises aux ténors socialistes, réunis depuis vendredi à La Rochelle pour l’université d’été du parti. Revue de détails des principales recommandations, dont certaines décoiffantes.

• Multiplier les maisons de santé, supprimer la référence au médecin de famille

Il existe aujourd’hui quelque 400 maisons (et pôles) de santé en France, alors qu’« il en faudrait deux à trois milliers », déplore Terra Nova. Pour accélérer la cadence et « favoriser la transition de formes d’exercice libéral […] vers des formes plus transversales, coordonnées et collectives », Terra Nova propose « d’en finir avec la référence au médecin de famille ».

Ce modèle a gagné en puissance avec la réforme du médecin traitant (2004) alors qu’il « s’estompe dans les pratiques de soins et qu’il correspond de moins en moins aux enjeux sanitaires du pays », estime le groupe de réflexion. Qui suggère que « sans être abandonné », ce modèle soit « remis à [sa] juste place, celle d’un héritage qu’il faut certes entretenir mais qu’il convient de moderniser et de diversifier ».

• Diversifier les formes de rémunération en ville

La diversification des modes de rémunération, estime le laboratoire d’idées, doit favoriser l’essor des nouvelles formes d’exercice regroupé et coordonné. Le regard tourné vers la Grande-Bretagne, Terra Nova milite pour que le paiement à l’acte soit soutenu par la rémunération à la performance (que promeut déjà la nouvelle convention) mais aussi par différentes formes de « paiement collectif à des structures de soins »,« allant de dotations forfaitaires à la capitation au paiement collectif des structures à la performance, et jusqu’au paiement direct des patients aux structures elles-mêmes ».

En favorisant cette diversification, on offre « assez d’opportunités d’évolution concertée des revenus […] pour que les dépassements d’honoraires soient interdits », avance Terra Nova. Qui précise toutefois que cette abolition des dépassements ne pourrait avoir lieu qu’« après une phase de régulation ».

• Créer un paiement à la pathologie associant l’hôpital et la ville

Des « enveloppes mixtes » pourrait être dédiées à la prise en charge de certaines maladies chroniques, propose le rapport. Maisons de santé et hôpitaux auraient ainsi « pour chaque patient atteint de pathologies identifiées […] une somme correspondant au coût moyen de la prise en charge de cette pathologie ».

• Détacher des hospitaliers « hors les murs »

Toujours plus de souplesse, de transversalité et de coordination entre l’hôpital et l’ambulatoire. C’est le fil rouge de Terra Nova qui estime que dépêcher davantage de médecins hospitaliers hors des établissements serait un bon moyen de lutter contre la désertification médicale. Le cas échéant, un tandem praticien/infirmier pourrait être envoyé au front.

Sécu, mutuelles : renforcer le rôle de l’État sanitaire

Pour Terra Nova, la situation actuelle a tout du « trompe l’œil ». Si les différents syndicats de professionnels négocient certes avec l’assurance-maladie, ils le font en grande partie...sous la tutelle de l’État. Le think tank propose d’aller au bout de cette logique étatique. Retirer des prérogatives à la CNAM en matière de régulation libérale (et en donner davantage à l’État national et aux ARS en région) serait un bon moyen de rapprocher la ville, l’hôpital et la santé publique, juge Terra Nova.

Dans le domaine de l’assurance-maladie complémentaire, le groupe de réflexion va assez loin. Parmi les pistes avancées, il suggère celle d’une assurance obligatoire complémentaire régulée par l’État. Une « autorité indépendante de régulation » des complémentaires santé est également proposée. « Même dans le scénario abouti d’une "nationalisation", les assurances privées n’auraient pas vocation à disparaître », assure Terra Nova.

ANNE BAYLE-INIGUEZ

 
Les Commentaires | 13 commentaires
 
Le 28/08/2012 à 10h35
Profession : Pharmacie
« Depuis 20 ans, plus on étatise le système et plus il est en déficit et comme les bureaucrates sont au pouvoir, leur solution est de l'étatiser encore plus selon le bon adage que pour celui qui n'a qu'un marteau, tous les problèmes sont des clous!!! Encore un effort et ils vont finir par recréer la médecine VRAIMENT libérale, totalement dérégulée, où le patient paiera pour éviter les queues et, comme en Angleterre, attendre 6 mois pour se faire opérer de son cancer... »
Le 27/08/2012 à 17h21
Profession : Pharmacie
« Les laboratoires d'analyses médicales subissent un pilonnage de la part de l'Assurance Maladie et du ministère de la Santé : 6 baisses annuelles consécutives de 5 % de moyenne. Ceci couplé à une accréditation monstrueuse n'apportant aucun bénéfice au patient et au prescripteur. Les financiers ont le droit de racheter les laboratoires et se jettent sur tous les laboratoires pour les racheter. Sûrement pour faire de la philantropie ! Et le gouvernement actuel semble vouloir continuer dans ce chemin. Vous verrez les dégâts d'ici peu ! » Un biologiste écoeuré.
Le 26/08/2012 à 15h57
Profession : Paramédical
« Cassons encore un peu plus la fonction publique hospitalière ! Bravo Terra Nova ! C'est ironique bien sûr ! Il y a une spécialité qui fait très bien le suivi des patients dedans dehors à condition qu'on lui en donne les moyens, c'est la psy et pourquoi lui coupe-t-on les vivre ? Pour bien travailler il faut du personnel formé ... » Profession psycho.
Le 26/08/2012 à 14h29
Profession : Infirmier
« Après les HAD, SSIAD et autres sigles de tout bord, voici maintenant un tandem médecin /infirmier hospitalier pour partir au front !!!!!! Ce n'est pas que la MG libérale mais tout le système libéral qu'ils veulent tuer !!!!!! »
Le 25/08/2012 à 19h11
Profession : Médecin
« J'ai déplaqué pour aller à l'hôpital où je gagne mieux ma vie et celle des miens pour zéro risque financier et voilà que les énarques qui m'ont pourri ma vie de spé provinciale vont me renvoyer d'où je viens. Amusant non, ils auraient pu m'aider à rester (secteur1 plus possible) . La vie est pleine de surprises et de retournements. »
Le 25/08/2012 à 15h36
Profession : Médecin
« Ça a au moins le mérite d'être clair ! La santé comme en Angleterre. En oubliant de dire que cela générera structurellement une médecine totalement libérale et hors de toute convention, à X vitesses. » Règlementer toujours et encore jusqu'à que le malade (l'offre de santé en france) puisse mourir guéri ... Seule évolution souhaitable à mon avis ; les maisons de santé et près des "urgences" si possible pour les désengorger de tout ce qui ne l'est pas justement, urgent. le reste c'est du socialisme destructeur comme d'habitude.
Le 25/08/2012 à 14h26
Profession : Médecin
« Une médecine étatisée ? C'est exactement ce que souhaite la majorité des nouveaux médecins. La preuve ? Leur refus de s'engager dans le système libéral, que ce soit en MG ou méd spé, surtout quand il y a trop de travail, cela s'appelle, voter avec ses pieds. »
Le 25/08/2012 à 09h56
Profession : Médecin
« Quelle légitimité ont ces gens, non élus ? Quelle est leur profession, leur compétence ? J'espère qu'ils ont pondu ça sur leurs heures de loisirs, comme ça, pour s'occuper, et que personne ne les a payés. Et ils oublient que les gens restent attachés à leur médecin de famille, traitant, de proximité, peu importe le terme. »
Le 25/08/2012 à 08h09
Profession : Médecin
« En route vers l'étatisation de la médecine, je sens que les jeunes médecins vont aier et que cela suscitera des vocations, s'il en est besoin !!!! »
Le 25/08/2012 à 08h04
Profession : Médecin
« Je les imagine nos penseurs réfléchissant aux problèmes des déserts médicaux et à la solution à y apporter. Bon sang, mais faisons donc appel aux médecins hospitaliers (A ce propos, on n'entend plus le Dr Pelloux s'insurger). Ce sont toujours ceux qui en font le moins qui trouvent que les autres n'en font pas assez. »
Le 25/08/2012 à 05h53
Profession : Médecin
« "C’est le fil rouge de Terra Nova qui estime que dépêcher davantage de médecins hospitaliers hors des établissements serait un bon moyen de lutter contre la désertification médicale."... Au début du deuxième millénaire, les souverains chrétiens ont envoyé les Hospitaliers (l’Ordre) en Terre sainte dans le Neguev (désert en hébreu) pour conquérir Jérusalem… Terra Nova veut envoyer ce qui reste de médecins hospitaliers dans les déserts médicaux… Mais pour conquérir quoi ? Le « progrès » ? La paix sociale ?... Quelle « terra incognita » ?... »
Le 24/08/2012 à 23h48
Profession : Médecin
« Terra Nova "propose d’aller au bout de cette logique étatique." Comme c’est bizarre, une telle proposition alors qu’une fois le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) ratifié sans avoir été renégocié, l’Etat français comme les autres Etats de l’Eurogroupe en particulier, perdra encore de sa souveraineté au profit de la Commission européenne. Elle aura droit de regard sur la Sécurité sociale, aussi faut-il qu’elle soit étatisée…. »
Le 24/08/2012 à 19h12
« Pourquoi faire simple, quand on pourrait faire compliqué? Je souhaite bien du plaisir à ceux qui se lanceraient dans une telle aventure! »

Publier un nouveau commentaire

Vous devez être inscrit pour commenter cet article et réagir à un commentaire.
 
 
Publicité

Histoires courtes

objectifmedecin_pave_ep7.png


Publicité

Application du Quotidien du MÉdecin

Spécial médecin

i-Congrès médical
Les congrès médicaux à ne pas manquer ...
> Découvrir l’application

 

Enquête Flash

Faut-il rembourser les soins selon le niveau de revenu des patients ?

eFMC

InsulinothÉrapie
du diabÈte de type 2
Par le Pr Denis RACCAH

Dossier

Ces médecins ambassadeurs de la santé au travail

ARS : vos 26 « pilotes »

Les métiers du grand âge et du handicap

Hôpital Expo 2012

Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


11/09/2012

L'heure de l'action

La loi et au-delà

L'Annuaire des DUDIU

 
carte-loisirs.png
Publicité
 
Publicité
Afin de vous garantir un service optimal, le Quotidien du Médecin collecte des données personnelles vous concernant. Ces données font l’objet d’un traitement informatisé déclaré auprès de la CNIL. Conformément à la loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d'accès, de rectification et de suppression, pour motifs légitimes, sur ces informations. Sauf opposition préalable de votre part, ces données sont également utilisées afin de vous faire profiter des offres dédiées du Quotidien du Médecin et de ses Partenaires.