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Trou de la Sécu : la Cour des comptes fait porter le chapeau à la santé

 13/09/2012
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Le déficit de la Sécurité sociale est en repli mais le chemin est encore long avant un retour à l’équilibre des comptes sociaux, estime la Cour des comptes dans son rapport 2012 sur l’application des lois de financement, rendu public ce jeudi. En 2011, le déficit du régime général et du fonds de solidarité vieillesse (FSV) s’élève à 20,9 milliards d’euros (soit 1 % du PIB), contre 28 milliards d’euros en 2010 (1,4 % du PIB). Un mieux, qui ne saurait pourtant occulter un niveau exceptionnellement élevé du déficit du régime général, à 14,7 milliards d’euros en 2012, supérieur aux objectifs fixés par la loi de financement. « La dette sociale se creuse de nouveau », préviennent les sages de la rue Cambon.

• Comptes sociaux : l’anomalie de la dette

Le retour à l’équilibre s’éloigne pour toutes les branches. Pour l’assurance-maladie, tout dépendra de la maîtrise de l’objectif national des dépenses (ONDAM). Fixé à 2,7 %, l’équilibre n’est envisageable qu’en 2019. Au total, près de 60 milliards d’euros de dettes sociales s’accumuleront d’ici à 2020 en plus des 62 milliards transférés à la caisse d’amortissement (CADES). C’est une « anomalie profonde qui ne peut continuer à être reportée davantage sur les générations futures », estime la Cour. « Les efforts sont certes de grande ampleur, mais en aucun cas hors de portée », estiment les sages. Plutôt qu’une diversification des ressources de la Sécu, ils préconisent l’augmentation des marges d’efficience.

• Agences régionales de santé (ARS) : un pilote qui n’a pas encore les coudées franches

Les 26 ARS, créées en 2009 pour devenir « clé de voûte » de l’amélioration de l’efficacité du système de santé n’ont pas encore toute l’envergure qu’elles devraient avoir. Si la Cour des comptes salue leur installation performante, elle épingle leur capacité à remplir leur rôle en toute autonomie. Premier mis en cause, le conseil national de pilotage (CNP) est jugé « peu stratégique », en ce qu’il donne aux ARS des objectifs trop généraux. Les contrats signés avec les ministères concernés se révèlent mal adaptés aux spécificités régionales et, avec leur succession d’objectifs chiffrés, trop administratifs. La Cour reproche ensuite aux administrations centrales de ne pas prendre en compte la spécificité (notamment leur transversalité) des ARS et de fonctionner comme par le passé en leur transmettant des demandes segmentées (hôpital, soins de ville, etc.) sans passer par le CNP. L’assurance-maladie notamment rechignerait à déléguer ses prérogatives en matière de gestion du risque et les préfets entretiendraient des relations complexes avec les directeurs d’ARS. Enfin la Cour attire l’attention des ARS sur la priorité d’investir dans les systèmes d’information et d’améliorer leurs leviers financiers : elles n’ont un pouvoir de décision que sur près de 3 milliards d’euros de ressources (sur 42 milliards) et devraient voir leur capacité d’arbitrage financier augmenter.

• Respect de la déontologie médicale : l’Ordre ne fait pas la police sur les dépassements

La Cour des comptes dénonce le rôle « trop limité », « inefficace » et « décevant » de l’Ordre des médecins dans le contrôle du respect du tact et de la mesure. Alors que les dépassements représentent près de 2,5 milliards d’euros en 2010, elle estime que les initiatives pour contrer les excès sont insuffisantes, les saisines des instances disciplinaires, rares, et les condamnations, peu sévères et souvent adoucies pour le médecin au niveau national. Les sages soulignent également que, face à une telle inertie, l’assurance-maladie s’est vue dans l’obligation d’élaborer ses propres procédures de contrôles : des dispositifs aujourd’hui redondants.

Par ailleurs, les sages recommandent à l’État de doter le Conseil de l’Ordre de pouvoirs renforcés en matière de contrôle des conflits d’intérêts entre médecins et industrie.

• Prise en charge des cotisations sociales des libéraux : un joli cadeau sans contrepartie

L’assurance-maladie dépense 2,2 milliards d’euros par an pour prendre en charge les cotisations des médecins libéraux des secteurs 1 et 2. Une « contribution substantielle aux revenus », note la Cour : pour les médecins de secteur 1, cela représente 18 % de leur revenu en 2008. C’est 16 % pour le secteur 2. Mais il n’y a pas de contrepartie réelle en termes de facilité et d’équité d’accès aux soins, dénonce-t-elle. Elle recommande donc de recentrer le dispositif sur l’objectif d’une meilleure répartition des professionnels de santé sur le territoire en le modulant en fonction de la zone d’installation. Elle suggère aussi d’exclure de l’assiette des « revenus tirés de catégories d’actes donnant lieu à des dépassements quasi systématiques » et de conditionner cette prise en charge au respect de certains plafonds. Le cas échéant, cette participation pourrait être remise en cause.

• Dépenses de transports des patients : vers un contrôle des prescriptions

En 2010, l’assurance-maladie a consacré 3,5 milliards d’euros à la prise en charge des transports de patients, un montant en forte progression, sans que les raisons en soient analysées. La Cour des comptes table sur 450 millions d’économies réalisables chaque année. Ses pistes : contrôler le respect du référentiel de prescription, notamment en matière de transport en ambulance, onéreux, ou de la vérification du lien avec une affection de longue durée, responsabiliser les médecins des établissements de santé, plus gros prescripteurs, contingenter plus rigoureusement l’offre de transport, instaurer un conventionnement strict des taxis, et systématiser la lutte contre la fraude.

• Soins de suite et réadaptation (SSR) : fluidifier les relations entre sanitaire et médico-social

Les SSR ont coûté 7,8 milliards d’euros en 2012. L’expansion rapide du secteur n’a pas été maîtrisée ni pilotée. Il en résulte aujourd’hui une mauvaise régulation et pour les patients des délais et orientations inadéquats dans leur entrée en SSR comme dans leur sortie. La Cour des comptes appelle les ARS à en faire une priorité et juge « prématuré » le passage à la tarification à l’activité.

• Qualité des soins : évaluer périodiquement les médecins et équipes médicales

Depuis 2004, la Haute Autorité de santé (HAS) mène la procédure de certification des hôpitaux pour la bagatelle de 22,4 millions d’euros. Mais la Cour observe un « risque d’atténuation de son efficacité ». Elle recommande à la HAS de préciser le périmètre de la certification et d’évaluer périodiquement médecins et équipes médicales, tâche qui constitue « actuellement un angle mort de la procédure », ainsi que les activités à risque, et de simplifier les résultats publiés dans ses rapports. Enfin, les contrats d’objectifs et de moyens signés entre ARS et établissements devraient intégrer les résultats de la certification, pour permettre un suivi de l’application des recommandations de la HAS et développer une culture pérenne de qualité des soins.

› COLINE GARRÉ

 
Les Commentaires | 4 commentaires
 
Le 14/09/2012 à 14h57
« Il n'aura échappé à personne que le secteur 2 tire sa légitimité des conventions intervenues avec l'Assurance-Maladie. Rappelons qu'en 1980 la création du secteur 2 avait comme contrepartie la limitation des actes et des prescriptions. Peut-être cela apparait aujourd'hui comme Non Significatif. - Prof. Praticien de la santé »
Le 14/09/2012 à 01h24
Profession : Médecin
« On peut espérer que les médecins du Val de Grâce vont aller très rapidement dans les déserts médicaux et qu'il n'y aura plus de passe droit pour la médecine pour les politiques et les technocrates qui donnent leur avis sous les lambris et avec la "médecine de la république". Que la retraite de ces docteurs contrôleurs de tout poil sera indexée sur les points de retraite des médecins tant côté cotisation que du côté pension. ILS CHANGERONT PEUT ETRE LEUR FUSIL D'EPAULE. »
Le 13/09/2012 à 20h20
Profession : Médecin
« Médecin Secteur 2 qui n’adhère pas à l’option de coordination : 9,81% du revenu sans prise en charge. Où est l'erreur ? En quoi les dépassements interviennent-ils sur les comptes de la nation ? Ils rapportent surtout de l'argent à l'Etat puisque plus de la moitié part en cotisations et impôts. »
Le 13/09/2012 à 19h26
Profession : Médecin
« Quelqu'un peut-il me dire pourquoi la Cour des comptes qui s'occupe de l'argent public, ainsi que les caisses d'assurances-maladie d'ailleurs, se préoccupent des dépassements d'honoraire ? Que ce soit l'Etat oui... Mais que viennent faire ces deux "machins" là-dedans ? »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


11/09/2012

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