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Surirradiés d’Épinal : la directrice de l’hôpital dénonce l’attentisme des médecins et de l’administration

 11/10/2012
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Au neuvième jour du procès des surirradiés d’Épinal, Dominique Cappelli, ancienne directrice du centre hospitalier Jean-Monnet (Vosges), s’est présentée face aux juges en tant que « bouc émissaire » et « victime expiatoire » du drame de santé publique qui a touché près de 450 patients entre 2001 et 2006. Poursuivie pour non-assistance à personne en danger, elle affirme avoir géré les accidents de radiothérapie, « avec les moyens du bord, seule dans (son) coin ».

Lorsqu’en septembre 2005, les radiothérapeutes de l’établissement informent la directrice du premier accident, Dominique Cappelli explique avoir aussitôt alerté la DDASS des Vosges, l’Agence régionale d’hospitalisation de Lorraine (ARH), les médecins inspecteurs et le conseil d’administration de l’hôpital. Soulignant dans un premier temps, « l’attitude remarquable » des deux médecins qui l’ont prévenue, elle préconise alors que les 24 victimes surirradiées à 20 % entre mai 2004 et août 2005 soient prévenues.

Non-décision

Mais trois semaines plus tard, durant l’unique réunion qui se déroulera en présence des professionnels de l’hôpital d’Épinal, de la DDASS et de l’ARH, la directrice confie s’être sentie « trahie ». Selon ses dires, l’un des radiothérapeutes relativise les faits, estimant qu’il n’y a pas lieu de rappeler les victimes de complications, afin de ne pas inquiéter les autres et préserver le reste de leur patientèle. « Tout le monde m’a regardée avec insistance, j’ai eu une réaction d’urgentiste, j’ai dit "je le fais" », rapporte-t-elle, évoquant une « non-décision » de l’ensemble des participants au sortir de la réunion. « Personne n’a bougé », déplore-t-elle.

Entre fin 2005 et fin 2006, elle affirme être la seule à recevoir les victimes et leur famille. En juin 2006, après avoir assisté « cachée derrière la porte de l’église » à l’enterrement d’une victime, elle « craque » et retourne s’adresser à l’ARH. Neuf mois après sa découverte, l’accident sera enfin signalé aux autorités nationales. Le témoignage de l’ex-directrice pourra être mis en parallèle à celui du Dr Françoise Lalande, deuxième auteur du rapport IGAS/ASN, qui, durant la première semaine du procès, avait fortement critiqué l’attitude de l’ensemble des acteurs de l’affaire, sans exception.

Le Dr Sztermer se défend

Mardi, les juges du tribunal correctionnel de Paris se sont attardés sur la pertinence de l’augmentation progressive des doses de radiation jusqu’à 78 grays pour certains patients soignés pour cancer de la prostate afin d’améliorer l’efficacité de la radiothérapie. Selon le Pr Pierre Bay, co-auteur d’un rapport d’expertise sur l’affaire, « l’escalade » des radiations a été une « cause aggravante » des autres surdoses infligées par erreur aux patients du centre d’Epinal.

Poursuivi notamment pour homicides et blessures involontaires, le Dr Jean-François Sztermer assure avoir prescrit cette méthode « en toute conscience, en toute bonne foi de médecin ». À l’époque, cette technique était recommandée par plusieurs publications scientifiques, « à condition notamment que les patients soient inclus dans un programme d’étude clinique » permettant de contrôler étroitement le traitement, explique le Pr Pierre Bay. À défaut, « il faut renforcer les conditions de sécurité pour arriver quasiment aux mêmes conditions d’une étude », ajoute-t-il.

Radiophysique en souffrance

Auditionné lundi, Thierry Sarrazin, ancien président de la Société française de physique médicale a mis en avant les difficultés structurelles de la radiothérapie au moment des faits. En 2007, la France comptait 267 radiophysiciens, soit 5 par million d’habitants, contre 30 par million en Grande-Bretagne, plaçant ainsi notre pays au même niveau que la Bulgarie, la Hongrie ou le Portugal, souligne-t-il. À l’instar d’Épinal, la plupart des établissements ne disposaient que d’un seul radiophysicien, sans interlocuteur en cas de doute sur les calculs de dose ou le fonctionnement des appareils de radiothérapie.

La tension au sein des services est parfois accentuée par l’absence de cadre formel régissant les relations entre le radiophysicien et le médecin : « un copilote peut s’opposer au pilote, un sous-officier à l’officier. À l’hôpital, les règles ne sont pas définies », considère Thierry Sarrazin. Quant aux règles d’alerte en cas de survenue d’accident, « personne n’avait cette culture de déclaration avant Épinal », affirme-t-il. Difficile, donc de « juger l’accident de 2004 à l’aune de 2012 », conclut l’expert dont les constats rejoignent la ligne de défense du radiophysicien poursuivi dans cette affaire, Joshua Anah.

› D. B. avec AFP

 
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Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

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Karine Piganeau


11/09/2012

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