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Agences sanitaires : des « doublons » qui gaspillent les deniers publics

 17/09/2012
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Avec 1 244 agences recensées en 2010 employant 442 830 personnes, la bureaucratie française se révèle à la hauteur de sa réputation. Statuts juridiques flous, tutelle étatique peu stratégique, gouffres financiers : ces entités indépendantes de l’État mais sous son contrôle sont responsables de grands gaspillages, dénonce l’Inspection générale des finances dans un rapport rendu public aujourd’hui (mais remis au précédent gouvernement en mars 2012). Et la santé n’y serait pas pour rien.

C’est un « champ fortement démembré », écrivent les inspecteurs, énumérant les diverses instances qui ont fleuri récemment : agences régionales de santé, centre national de gestion (CNG), Haute Autorité de santé (HAS), Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (ANAP), Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médicaux (ANESM).

Dispersions d’efforts et illisibilité

Ces 3 dernières entités sont particulièrement accusées de n’avoir pas de compétences strictement réparties, ce qui provoque des « doublons ». L’ANAP, l’ANESM et la HAS produisent toutes les 3 de recommandations pour améliorer la qualité des établissements sanitaires et sociaux. Si la complémentarité des approches est souvent le cas en pratique, les inspecteurs observent « des dispersions d’efforts et une grande complexité du paysage institutionnel qui brouille sa lisibilité ».

Par exemple, l’ANAP, spécialisée dans l’efficience de la gestion des établissements, a publié en avril 2011 un guide sur les repas dans les établissements de santé et médico-sociaux. L’ANESM aurait pu en faire de même, pointe l’IGF. De son côté, la HAS a participé à la rédaction de 4 recommandations sur 6 établies par l’ANESM en 2010, « illustrant l’importance des thématiques communes ». Elle travaille aussi en très étroite collaboration avec l’ANAP sur l’efficacité de l’organisation des soins, notamment dans le domaine de la chirurgie ambulatoire. « Sans être stricto sensu un doublonnement, une telle configuration se traduit par des coûts de coordination », soulignent les inspecteurs.

Autre critique administrée aux agences du secteur de la santé, leur création provoquerait systématiquement une forte augmentation de moyens humains : autant de postes qui relevaient auparavant des administrations de l’État, devenues, elles, des peaux de chagrin. Ainsi le plafond d’emplois de l’ANAP a été augmenté de 40 équivalents temps plein (ETP) entre 2009 et 2011, par création de postes et le plafond d’emploi actuel du CNG correspond quasiment, selon le rapport, à un doublement des ETP initialement transférés de la direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins.

Des mesures à l’automne

Soulignant la difficulté du contexte, l’IGF préconise d’adopter de nouvelles orientations pour ces entités « créées de façon ponctuelle sans cohérence d’ensemble ». La mission suggère de piocher 2 milliards d’euros dans les trésoreries excédentaires des agences pour alléger la dette de l’État. Elle recommande de lancer des audits transversaux impliquant l’ensemble des acteurs d’une même politique publique et de supprimer les doublons. Les agences aux activités similaires ou n’atteignant pas la taille critique devraient se rassembler. La tutelle de l’État devrait aussi être renforcée, tant au niveau stratégique que financier, avec un meilleur contrôle des allocations de ressources.

Les ministres de l’Économie, Pierre Moscovici, et du Budget, Jérôme Cahuzac, ont « accueilli avec intérêt » ces propositions, déclarent-ils dans un communiqué commun. Les premières mesures pourraient intervenir cet automne, avec le projet de loi de programmation des finances publiques. Une « mission de réflexion » sera en outre lancée prochainement dans le cadre du travail sur la réforme de l’action publique, qui devrait aboutir à l’automne 2012 sur une stratégie annoncée par Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’État.

› COLINE GARRÉ

 
Les Commentaires | 3 commentaires
 
Le 18/09/2012 à 06h32
Profession : Médecin
« Je dirais même plus le rapport de l' OCDE 2010, “Améliorer coût-efficacité des systèmes de santé” souligne que "les coûts administratifs en France sont élevées par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE". Par contre "La France se classe même en première position parmi les pays de l’OCDE du point de vue de la mortalité évitable, c’est-à-dire de la mortalité pouvant être évitée grâce à des soins rapides et efficaces. Sur le plan sectoriel, les performances montrent une qualité élevée des soins ambulatoires et préventifs, comme en témoigne le faible chiffre des hospitalisations évitables ). L’efficience du secteur des soins aigus est généralement supérieure à la moyenne de l’OCDE" En conclusion, bonne médecine mais coût de l'administration parmi les plus haut du monde. »
Le 18/09/2012 à 01h18
Profession : Médecin
« J'ai toujours dit aux ministres : il faut d'abord mieux dépenser l'argent publique avant de demander au peuple de toujours payer plus. C'est si difficile que ça de faire un petit effort intellectuel ? »
Le 17/09/2012 à 20h29
Profession : Pharmacie
« Paysage chaotique la CNAMTS ET123 CPAM, LES ARS, LA DGOS, LA HAS, L'ANAP, LA DSISS, L'ASIP ETC. Et une utilisation massive de sous traitance. A quand une rationalisation Mme la ministre ? Pour mieux gérer et libérer des ressources mal utilisées (si on voit les résultats) »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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