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Portugal : grève massive des médecins contre l’austérité

 12/07/2012
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Le Dr Joao De Deus est ophtalmologue à Lisbonne. Gréviste comme la quasi-totalité des médecins portugais, il a fait un tour à l’hôpital ce matin. Il n’y a pas croisé un seul confrère. « L’établissement est désert. Les salles d’opération sont fermées, il n’y a aucune consultation », relate-t-il.

Le mouvement lancé hier mercredi - et censé prendre fin ce jeudi soir - est d’une ampleur inédite : 95 % des médecins du secteur public sont grévistes (le Portugal regroupe 35 000 médecins, dont 25 000 hospitaliers). Comme tous les fonctionnaires portugais, les praticiens ont perdu deux de leurs quatorze mois de salaire. « Le salaire moyen d’un praticien hospitalier est de 2 000 euros avant impôts, expose le Dr De Deus. Mais l’argent n’est pas la principale raison de la grève. Ce que nous voulons avant tout, c’est défendre le service public de santé, qu’une nouvelle loi menace ».

Fin de la gratuité

Le Portugal s’est engagé à tailler dans ses dépenses de santé pour rembourser le prêt de 78 milliards d’euros que lui ont accordé en 2011 l’Union européenne et le FMI. Une économie de 800 millions d’euros est donc programmée cette année. À la clé, des déremboursements de médicaments, des fermetures de services, des baisses d’effectifs à l’hôpital, mais aussi le doublement des tickets modérateurs pour les usagers du service public.

La gratuité est terminée : les Portugais doivent désormais débourser quelques euros pour une consultation en centre de santé. Déjà, des listes d’attente se forment, qui alimentent le mécontentement général.

Ces mesures d’austérité, très impopulaires auprès de la population, font également bondir le corps médical qui y voit l’avènement d’une médecine à deux vitesses. « Nous espérons que le gouvernement [de centre droit, NDLR] va nous entendre et accepter de débloquer la situation », conclut l’ophtalmologue lisboète.

Transfert vers le secteur privé

La Fédération européenne des médecins salariés (FEMS) s’est fendue d’une lettre au Premier ministre portugais pour l’alerter sur l’urgence de la situation. « Les médecins salariés du Portugal font partie des 9 % de salariés européens qui travaillent plus de 48 heures par semaine. Ils travaillent toujours plus, mais gagnent de moins en moins », fustige l’organisation médicale.

Le gouvernement portugais, et c’est l’une des mesures les plus contestées, a décidé de recourir à des prestataires privés offrant le meilleur coût. Un total de 2,5 millions d’heures de travail doivent ainsi être transférées du service public de santé vers le secteur privé. Certains prestataires accepteraient d’être payés moins de quatre euros de l’heure : grosse, très grosse colère des infirmiers. L’association européenne des médecins des hôpitaux tire la sonnette d’alarme. Des médecins seront peut-être tentés d’enchaîner les journées de travail dans différents hôpitaux sans respecter le repos compensateur, met en garde l’association.

› DELPHINE CHARDON

 
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