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Première à l’AP-HP : un suicide requalifié en accident du travail

 13/07/2012
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Le 1er juillet 2008, une cadre du service de radiologie à l’hôpital Bichat met fin à ses jours à son domicile. Elle explique dans une lettre que son geste est lié à ses conditions de travail.

Quatre ans plus tard, le 21 juin 2012, le tribunal administratif de Paris requalifie ce décès en accident de service. Soulagement de la famille, du personnel et des organisations syndicales. « Jamais aucun suicide à domicile n’a été déclaré en accident du travail en France. C’est une première », commente Sandrine Desgrugilliers, secrétaire de la section SUD santé et secrétaire du CHSCT à l’hôpital Bichat.

À la demande du tribunal, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) vient d’adresser un arrêté à la famille de la défunte, par lequel il reconnaît le suicide comme accident de service. L’institution a deux mois pour faire appel.

La cadre aurait été poussée à bout par une forte surcharge de travail, expose la section SUD santé de l’hôpital Bichat. « Cette cadre faisait le travail de trois personnes, relate Sandrine Desgrugilliers. Elle travaillait 14 heures par jour, revenait sur ses congés. En un an elle avait accumulé 1 589 heures supplémentaires. Nous espérons que l’AP-HP ne fera pas appel pour permettre à la famille de faire son deuil. Et nous espérons que cette décision fera changer les mentalités à l’hôpital Bichat. Les personnels paramédicaux y font des horaires insupportables. On profite de leur professionnalisme pour leur en demander toujours plus ».

Dialogue social en panne

Le secrétaire général du syndicat SUD-Santé à l’AP-HP déplore un dialogue social en panne à tous les niveaux au sein du CHU. À l’hôpital Henri Mondor, où Jean-Marc Devauchelle est en poste, l’ambiance au bloc opératoire s’est brutalement dégradée ces dernières semaines. Une grève a même été organisée. En cause : le passage aux 10 heures de travail par jour imposé à l’ensemble des paramédicaux. « Cette organisation permet des gains de personnel et de productivité, observe Jean-Marc Devauchelle. Le passage aux 10 heures est compréhensible pour certains blocs. Mais l’imposer à tout le personnel, c’est refuser de prendre en compte certaines problématiques personnelles. Pour ce sujet comme sur tous les autres, il n’y a plus de discussion. Personne ne répond ».

Aux yeux du syndicaliste, les risques psychosociaux ont atteint un niveau critique au sein des hôpitaux parisiens. « Il est grand temps qu’on renforce les effectifs, qu’on écoute enfin les gens, et qu’on revoie l’organisation en remettant un encadrement de proximité », dit-il.

La ministre de la Santé alertée

Le syndicat SUD-Santé de l’AP-HP a adressé plusieurs courriers d’alerte à Marisol Touraine au cours des dernières semaines. La ministre de la Santé, pour l’heure, n’y a pas répondu. L’organisation dénonce, en vrac, la chasse aux arrêts maladie, des plannings chamboulés sans cesse, le manque d’effectifs, la mise en place des 10 ou 12 heures de travail par jour, les mobilités subitement imposées au personnel, ou encore la suppression des collations des équipes de nuit. Les jours stockés sur les comptes épargne temps par le personnel de l’AP-HP équivalent à 5 000 postes sur une année, rappelle le syndicat. « Ces nouvelles organisations dictées par la loi HPST se mettent en place au détriment de la santé des personnels », insiste SUD-Santé dans l’un de ses courriers.

La direction de l’AP-HP, contactée par « le Quotidien », indique qu’elle ne fera pas appel de la décision de justice.

› DELPHINE CHARDON

 
Les Commentaires | 4 commentaires
 
Le 16/07/2012 à 19h29
Profession : Médecin
« Des gardes de 24h pour des responsables prescripteur , normal, non ? »
Le 16/07/2012 à 19h28
Profession : Médecin
« Et que dire du nombre d'heures de travail des internes et même des externes par jour dans certains services : gardes de 24 à 26 heures, etc. Profession : médecin et parent d'externe. »
Le 15/07/2012 à 21h40
Profession : Médecin
« Il n'y a plus de chef de service ; un seul patron a l'hôpital qui tremble devant l'ARS. »
Le 13/07/2012 à 19h29
Profession : Médecin
« Il serait peut-être temps de demander leurs avis aux chefs de service hospitaliers quant à la répartition du travail entre les soins et l'administratif dont l'empiètement devient insupportable. »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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