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Drame du Lot : pas de lien avec la désertification selon l’ARS, reste la problématique des transports

 30/10/2012
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La mort d’un nouveau-né sur une autoroute le 19 octobre n’est pas liée à l’existence d’un désert médical ni à un problème d’organisation des soins : c’est ce qu’affirme l’Agence régionale de santé Midi-Pyrénées, dans un bref communiqué.

Bouclée en quelques jours, l’enquête, voulue par François Hollande, et commandée au lendemain du drame par l’ARS, n’est pas rendue publique. Il s’agit d’un « cas personnel » impliquant « la vie privée de personnes ayant vécu un drame particulièrement douloureux », se justifie l’ARS, qui indique que la situation n’appelle pas de mesures particulières. Le rapport a été transmis à l’Ordre des médecins et au Procureur de la république.

Le président PS de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, demande un audit pour faire le bilan de tous les accidents qui ont pu se produire depuis la fermeture, en 2009, de la maternité de Figeac (transferts en urgence de nourrissons ou de mères vers d’autres structures, accouchements à Figeac au sein de l’hôpital qui ne possède plus de maternité depuis 2009). Selon la CGT santé du Lot, plus de 100 femmes enceintes sur la circonscription de Figeac, chaque année, font plus de 45 minutes pour rejoindre une maternité ; une vingtaine n’y parvient pas.

Pénurie de transports sanitaires dans les campagnes

Le Dr Anne-Marie Bader est responsable du centre de périnatalité à Figeac, mis en place après la fermeture de la maternité afin d’aiguiller les femmes enceintes. Une cinquantaine de patientes par an y sont suivies. Formés aux accouchements inopinés, les urgentistes du petit centre hospitalier ont accouché six femmes au cours des trois dernières années, sans incident particulier. Des jumeaux sont même nés sans encombre. Mais les cas plus lourds se heurtent à la problématique des transports sanitaires, et c’est là tout le combat du Dr Bader : « Nous devons nous battre dans nos petites campagnes pour obtenir un transport de façon à accueillir les accouchements délicats en maternité de niveau 3. À trop fermer de petites maternités, les maternités de niveau 3 se retrouvent encombrées par des accouchements normaux. Qu’il n’y ait pas d’argent et plus de médecins pour rouvrir les maternités de niveau 1 ou 2, c’est une chose, mais alors que l’on développe les transports médicalisés ».

La gynécologue-obstétricien illustre le propos par une histoire qui aurait pu mal se terminer. « J’ai reçu des jumeaux au 7e mois avec une béance du col. J’ai demandé un hélicoptère en urgence à Toulouse, qui m’a été refusé. J’ai gardé la maman, complètement dilatée, en salle d’opération pendant trois jours : le meilleur transport, ça reste le ventre de la mère. Et toutes les 12 heures, je rappelais pour demander un hélicoptère. J’ai fini par en trouver un, venu de Rodez, qui a atterri à Limoges : les enfants ont été césarisés et sauvés ».

L’avenir de la maternité de Decazeville en question

Le Dr Philippe Hélou vit également cette lutte au quotidien, dans la maternité qu’il dirige à Decazeville, dans l’Aveyron. Sa structure réalise 320 accouchements par an ; il la porte à bout de bras depuis 25 ans. Le Dr Hélou a vu quatre maternités fermer dans les environs ces dernières années : deux à Figeac, une à Villefranche-de-Rouergue, une à Rodez. L’avenir de sa maternité lui paraît très incertain. « Pourtant, la proximité est fondamentale, dit-il. En février dernier, une femme qui a fait un hématome rétroplacentaire a perdu son enfant. Les pompiers l’ont emmenée de Figeac vers Villefranche. À la frontière du Lot et de l’Aveyron, il a fallu changer de transport, du temps a été perdu. Le SAMU de l’Aveyron a dit qu’il ne pouvait pas intervenir, il a fallu revenir à Figeac. De Figeac, on l’a renvoyée à Decazeville. Quand la femme est arrivée ici, le bébé était déjà mort. Il aurait pu être sauvé s’il y avait eu une maternité à Figeac ».

Une délégation du comité de défense du centre hospitalier de Decazeville sera reçue au ministère de la Santé le 7 novembre. « Tout l’hôpital est menacé, résume le chef de la maternité. Plusieurs médecins partent à la retraite et les postes ne sont pas renouvelés. C’est avant tout une logique comptable qui dicte les fermetures ; après, on maquille ça avec un problème de démographie médicale. Quand le chef de service défend sa structure, que l’ambiance y est bonne, les médecins viennent y travailler. Dans ma maternité, l’effectif est complet : nous sommes quatre obstétriciens, tous diplômés en France. »

› DELPHINE CHARDON

 
Les Commentaires | 9 commentaires
 
Le 01/11/2012 à 11h30
Profession : Médecin
« ARS : Pouvoir exorbitant et complètement discutable au plan de l'équité constitutionnelle : Deux exemples récents : Le bébé mort, après fermeture des maternités de proximité ; l'ARS concernée qui a fermé ces maternités, s'est auto jugée non coupable et non responsable !...L'ARS ferme cette Clinique sans argumentaire autre que faire des économies, au détriment de la santé publique !... Pourtant les derniers rapports d'évaluation des ARS de l'IGAS et de la Cour des Comptes sont très défavorables aux ARS !... Tous les citoyens doivent se révolter contre ces abus de pouvoir manifestes, les ARS, ne sont que des Agences et doivent respecter les priorités de la collectivité des usagers de la santé et des contribuables qui les financent !... Une maternité publique et une clinique privée conventionnée sont financées par nos cotisations de l'Assurance Maladie !... » Un Citoyen Médecin révolté et défenseur de l'offre de soin de proximité....
Le 31/10/2012 à 15h34
Profession : Médecin
« L'addition 1) des accidents dus aux fermetures, 2) aux bons scores des maternités de niveau 3, doit être à peu près équivalent aux mauvais résultats des maternités de niveau 1 et 2 ? Non ? »
Le 31/10/2012 à 06h09
Profession : Médecin
« Le principe de précaution a fait et fera encore disparaître toutes les structures de niveau 1 (dites de proximité) , et fera concentrer les accouchements dans les structures de niveau 2 et 3 (qui ont une unité de pédiatrie) qui sont débordées, ceci dans l'espoir de faire chuter la morbidité et mortalité périnatales. En fait, les resultats ne semblent pas confirmer cet espoir, les structures de niveau 1 gardent les résultats plus favorables (rapport Musinski). »
Le 31/10/2012 à 04h57
Profession : Médecin
« Le responsable de l’ARS, ni d’ailleurs de l’Assurance Maladie, ne va certainement pas prendre en charge les suites des erreurs de leurs prédécesseurs. Ce serait du jamais vu ! Il n’y donc pas de lien entre cet accident, et, soyez-en certains, il n’y en aura pas, non plus, par la suite avec d’autres mort-nés, avec la désertification rurale. Ben voyons ! Toute la faute en revient, et en reviendra aux transports sanitaires ! Cette ARS n’écoute, ni le Dr Bader, responsable de périnatalité à Figeac (Ne pas confondre avec Cajarc, village où Coluche, habitué de chez Moulino, créa le schmilblick). Le Dr Bader a ainsi formé des urgentistes pour six accouchements inopinés en trois ans. Autant accoucher à domicile, comme autrefois mais avec un médecin de famille expérimenté ! D’ailleurs, pourquoi ne pas demander aux gynécologues médicaux comme aux futurs médecins, volontaires sous conditions prêts à rester ou à s’installer dans ces déserts médicaux, un stage supplémentaire d’un an ou de deux ans les qualifiant en césarienne ? Bien entendu, ces six accouchements là furent sans incidents. Mais les cas plus lourds, justifiant une césarienne vite faite, comme le décollement prématuré du placenta, se heurtent à l’impossibilité d’obtenir un accord (de qui, on ne le saura pas, devinez) pour obtenir un hélicoptère, ni d’accord (de qui, là aussi, cela nous est bien caché, devinez) pour transférer de RODEZ à LIMOGES (Maternité de niveau 3). L’ARS n’écoute non plus le Dr Hélou, dont la structure réalise, pourtant encore, 320 accouchements par an. Bel exploit quand quatre maternités de voisinage sont fermées : Figeac (2), Villefranche-de-Rouergue, Rodez. Faute de chirurgien sur place ou de chirurgien déplaçable par hélicoptère, l’un ou l’autre sachant réaliser correctement une césarienne dans ces locaux qui vont bientôt fermer, les 320 accouchements vont devoir être transférés, ainsi que les quatre obstétriciens médicaux. On ne nous dit pas non plus quel sera le prix de ces transferts des patientes, des médecins et des structures. Certainement plus que le coût de la réanimation médicale de ces déserts médicaux. L’Assurance Maladie ne se rend pas compte qu’en privant les praticiens de la liberté de leurs honoraires (qu’elle pourrait payer en tiers payant sans ticket modérateur), elle est, bel et bien, la vraie responsable de ces accidents avec ces tarifs opposables partout identiques quelles que soient les situations. Voilà ce qu’il nous faut transmettre au Procureur de la République. » Docteur JEAN DOREMIEUX, Urologue en retraite (500 césariennes).
Le 30/10/2012 à 23h01
Profession : Médecin
« Pourquoi 300 accouchements, et non pas 287 ou 174 ou 2311 ? A force de vouloir tout maîtriser par des statistiques, voire des scores non reproductibles, la médecine est agonisante. Qui en assumera le coût social ? Ne sera-t-il pas supérieur à toutes les économies que l'on prétend devoir faire ? »
Le 30/10/2012 à 21h54
« Dramatique !! Mais hélas reste du domaine du fait divers au plan de l'organisation générale de la santé publique. Une micro maternité aura toujours plus d'aléas statistiques qu'une plus efficiente. »
Le 30/10/2012 à 21h47
Profession : Médecin
« Confier au donneur d'ordre le soin de faire l'enquête sur les conséquences des ordres qu'il a donnés, c'est comme si il était demandé à un médecin ayant commis une erreur médicale de faire sa propre instruction. Le médecin serait, je l'espère, le premier à reconnaître son erreur, une administration d'Etat ?... »
Le 30/10/2012 à 21h42
Profession : Médecin
« Combien de naissances sans problèmes grâce aux maternités des grands centres ??? Un médecin urbain ex rural !!!! »
Le 30/10/2012 à 20h19
Profession : Médecin
« En voilà encore des s...... de médecins qui ne pensent qu'au fric, n'est-ce-pas mesdames et messieurs les politiques et vous, Français, toujours prêts à vous plaindre, jamais à payer et rarement à remercier. Profession médecin. »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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