Ce mercredi s’est tenu au siège de la CNAM le tout premier round des négociations sur l’encadrement des dépassements d’honoraires, sous la houlette de Frédéric van Roekeghem, directeur de l’assurance-maladie. Cette réunion de près de trois heures, à laquelle ont participé les cinq syndicats représentatifs des médecins libéraux (CSMF, SML, MG France, FMF et Le BLOC), les complémentaires santé (réunis au sein de l’UNOCAM) et l’assurance-maladie, a permis de fixer le calendrier des trois prochains mois. Et d’entrevoir les premiers sujets de friction. Six délégations jeunes étaient conviées en tant qu’observateurs. Compte rendu des principales décisions.
• Que va-t-il se passer les trois prochains mois ?
Pas grand chose en août, mais la rentrée sera chargée ! Sept séances de « négos » (une par semaine) ont été réparties sur septembre et octobre. Le premier mois, un thème par séance (et par semaine) sera abordé : « Dépassements abusifs – définition et sanctions » (le 5 septembre); « Le contrat "d’accès aux soins" » (14 septembre) ; « Zones de difficultés d’accès aux soins au tarif opposable – Régulation du secteur II » (19 septembre); « Valorisation des tarifs opposables » (27 septembre).
Les deux premières semaines d’octobre seront consacrées à la « discussion des projets de texte » (3 et 11 octobre). La dernière rencontre, le 17 octobre, doit permettre de conclure les négociations et de rendre la copie finale. En tout, les participants ont près de 25 heures pour parvenir à un accord sur les modalités d’encadrement des dépassements d’honoraires.
• Que veut Frédéric van Roekeghem, le patron de la CNAM ?
Le directeur de l’assurance-maladie poursuit les deux objectifs fixés par la ministre de la Santé Marisol Touraine : « mettre un terme aux dépassements abusifs » et « améliorer l’accès aux soins », indique le (très long) document d’appui aux négociations présenté ce mercredi aux médecins et aux complémentaires santé.
Par quelle méthode ? Par la politique de la carotte et du bâton. La carotte tout d’abord, avec une « valorisation des tarifs opposables » (encore très floue mais néanmoins ouvertement évoquée dans le document et mise à l’ordre de jour) et la perspective d’un nouveau « contrat d’accès aux soins » conventionnel. Calqué sur feu le secteur optionnel, ce contrat, qui s’adresserait à tous les médecins de secteur II, devra limiter le taux de dépassement de manière à diminuer le reste à charge des patients. Il serait rendu attractif par « la prise en charge d’une partie des cotisations sociales sur la part d’activité réalisée aux tarifs opposables ». C’est ce que Frédéric van Roekeghem appelle aussi un « accord de modération tarifaire de secteur II ». Reste à préciser les conséquences pour les médecins de secteur II qui refuseraient ce contrat.
Le bâton ensuite, avec la mise en place d’une nouvelle procédure de sanction conventionnelle « efficace » à l’encontre des médecins de secteur II. En cas de dépassement abusif caractérisé, ces sanctions (dont l’échelle est à définir jusqu’au déconventionnement) ne seraient pas « conditionnées à un avis de l’Ordre » des médecins, indique le document de la CNAM.
• Comment ont réagi les médecins à l’issue de cette première séance de négociation ?
Plutôt mal. Le calendrier, très serré et contraint, en a agacé plus d’un, la méthode aussi.
Le Dr Claude Leicher, président de MG France, « reconnai[t] la technique d’épuisement qu’affectionne Frédéric van Roekeghem ». Le Dr Michel Chassang, président de la CSMF, n’a pas caché son scepticisme sur l’issue de ces négociations : « Le mieux à même de répondre à la problématique des dépassements, c’est le gouvernement. Lui seul détient les clés du système de santé français ». Les premières pistes passent mal. Le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF, a dénoncé un « contrat d’accès aux soins, dont on peut imaginer qu’il sera, comme d’habitude, largement inspiré par les descendants de Kafka ». Le contenu de la séance a carrément refroidi certains leaders. Ainsi les spécialistes du BLOC n’ont pas caché leur « grande inquiétude ». Et le Dr Christian Jeambrun a prévenu : « Le SML ne s’engagera pas dans un accord qui ne serait pas gagnant pour les médecins ».
› ANNE BAYLE-INIGUEZ
Profession : Médecin
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