La Cour des comptes dénonce le pilotage « défaillant » par l’État du dossier médical personnel (DMP), dans un rapport dévoilé par Le Monde. Ce rapport, le troisième rédigé par les sages de la rue Cambon sur le DMP, a été adressé à la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Il n’a pas été rendu public mais certaines conclusions ont déjà filtré qui mettent en cause une « défaillance de stratégie et de pilotage de la part de l’État », le « manque d’une évaluation rigoureuse de son utilité », et « l’insuffisance grave de suivi financier ».
Depuis le lancement en 2004 de ce projet pharaonique par le ministre de la Santé de l’époque, Philippe Douste-Blazy, un peu moins de 200 000 DMP ont vu le jour. L’Agence des systèmes d’information partagés de la santé (ASIP-santé) table sur l’ouverture d’un million de DMP en 2013, mais le déploiement du dispositif, après une expérimentation dans quatre régions pilotes (Alsace, Aquitaine, Picardie, Franche-Comté), ne semble pas avoir une vitesse de croisière suffisante pour atteindre cet objectif.
Les patients ne peuvent ouvrir un dossier médical personnel que dans 142 hôpitaux ou chez près de 4 000 médecins traitants actuellement équipés d’un logiciel DMP-compatible.
Gouffre financier
Malgré ces faibles résultats, la Cour des comptes estime que le DMP a déjà englouti « au moins 210 millions d’euros de 2005 à 2011 », et plus vraisemblablement un demi-milliard d’euros si l’on y ajoute le coût des dossiers informatisés à l’hôpital. « Il est temps que l’État définisse enfin, dans une concertation étroite avec tous les acteurs, une stratégie d’ensemble pour intégrer le DMP dans une vision globale de l’organisation du dispositif de soins et des systèmes d’information en santé », estime la Cour des comptes en conclusion de son rapport.
Certains parlementaires à l’instar du député socialiste de Haute-Garonne Gérard Bapt fustigent le déploiement actuel du DMP. « Ce rapport pointe l’absence de pilotage et le coût du dossier médical », estime le député socialiste, qui appelle à une « remise à plat du dispositif » et à un « moratoire ». Gérard Bapt souhaite l’ouverture d’un débat sur les questions de la protection des données personnelles de santé et du secret médical avec les médecins, les patients et l’Ordre.
Vers une remise à plat ?
Le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF), n’est pas étonné outre mesure par ce rapport au vitriol de la Cour des comptes. « J’ai participé aux premières expérimentations dès 2004 mais j’ai arrêté il y a trois ans quand j’ai vu que les appels d’offres n’en finissaient pas de se succéder ». Selon le leader syndical, le DMP tel qu’il est aujourd’hui déployé est « voué à l’échec ». « La généralisation d’une messagerie sécurisée coûterait infiniment moins cher et serait infiniment plus sûre que ce bouzin », assure le Dr Hamon.
L’ASIP a pour sa part demandé que le rapport de la Cour des comptes soit rendu public. Ni la Cour des comptes, ni la commission des Finances n’ont pour l’heure diffusé ce rapport.
› CHRISTOPHE GATTUSO
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