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Le DMP huit ans après : des doux rêves au dur retour à la réalité

 09/08/2012
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Véritable patate chaude pour les politiques, le dossier médical personnel (DMP) vivote depuis près d’une décennie. Entre promesses non tenues et annonces flamboyantes, le résultat est bien médiocre au regard des espoirs de la communauté médicale.

Huit ans que le DMP traîne ses guêtres dans les couloirs du ministère de la Santé. Gouvernements, ministres et spécialistes informatiques trépassent, le dossier médical personnel (DMP), lui, passe… d’une main à une autre, progressant au rythme d’un escargot vers un déploiement national qui ne cesse d’être repoussé. Au grand dam des médecins.

Il y a deux décennies, le dossier médical était plus « partagé » que « personnel ». Et au ministère de la Santé, on se décidait tout juste à passer aux choses sérieuses. « À force d’en parler, il faudra bien, ensemble, décider de le faire ! », lançait Jean-François Mattéi en clôture de l’université d’été de la CSMF, à Ramatuelle (Var).

2004 : dossier mal parti, députés mal préparés

Deux ans et un changement de ministre plus tard, un vent d’enthousiasme, bien réel cette fois-ci, souffle à nouveau sur le DMP. Philippe Douste-Blazy est et restera l’un de ses plus valeureux hérauts. Fraîchement nommé en mars 2004, l’optimiste ministre prend les choses en main, dans le cadre de la réforme de l’assurance-maladie : « D’ici à trois mois, tous les médecins auront mis en commun ce qu’ils ont sur chaque malade » et entre 6,5 et 7 milliards d’euros seront économisés d’ici à 2007, explique-t-il. La crainte d’un « Big brother » tétanise certains praticiens mais la communauté médicale se satisfait dans son ensemble de ce nouvel outil de régulation médicalisée, qui limite le nomadisme médical, assure une meilleure traçabilité du patient et facilite la coordination entre professionnels de santé.

Las. Entre ce « dossier mal parti » stigmatisé par les députés de gauche et les « députés mal préparés » 

critiqués par la droite, les choses se gâtent. Philippe Douste-Blazy refait les comptes et divise par deux les économies annuelles attendues grâce à l’utilisation du DMP : ce sera finalement 3,5 milliards d’euros.

2005 : Xavier Bertrand décapite la tête pensante du DMP

Moins d’un an après sa prise de fonction, Philippe Douste-Blazy cède sa place à Xavier Bertrand. Tout va rentrer dans l’ordre, assure le nouveau ministre. Ce n’est plus six mais douze expérimentations du DMP qui vont démarrer à l’automne 2005, et le groupement d’intérêt public (GIP) chargé de piloter la mise en place du DMP va procéder à des évaluations à tour de bras, promis.

Pure utopie pour les économistes de la santé, au vu de la masse de problèmes logistiques et techniques qui s’amoncellent. Un médecin sur cinq seulement a accès au haut débit et l’appel d’offres destiné à retenir les hébergeurs est au point mort. Cerise sur le gâteau, la personne en charge du dossier, l’ingénieur des mines Pierre Bivas est débarqué à la tête du GIP-DMP par Xavier Bertrand, excédé par la tournure des événements et la complexification du DMP. Une « erreur de casting » corrigée, mais qui n’aide pas vraiment le DMP à prendre son envol.

160 000 dossiers créés en huit ans

Il faudra attendre mars 2010 pour que le DMP se concrétise pour de bon. Santeos et Atos sont choisis comme hébergeurs par l’ASIP-Santé, née sur les cendres du GIP-DMP, trop embourbé par les aspects de sécurité et de confidentialité. Plus modeste que son prédécesseur, l’ASIP prévoit deux millions de dossiers ouverts pour fin 2011 et un déploiement définitif pour… 2020.

Petite nouveauté : si le médecin n’a pas de logiciel métier DMP-compatible (les problèmes techniques perdurent), il peut ouvrir un DMP « online » sur le site du ministère. Une solution qui ne satisfait guère les professionnels de santé. L’aventure DMP, ils en sont revenus. Aujourd’hui, 160 000 dossiers ont été créés, dont 65 % à l’hôpital et 35 % en médecine de ville. Une preuve que le DMP décolle enfin ? Les deux tiers contiennent déjà « au moins » un document, s’enthousiasme Jean-Yves Robin, directeur de l’ASIP-Santé.

› ANNE BAYLE-INIGUEZ

 
Les Commentaires | 8 commentaires
 
Le 09/08/2012 à 19h35
Profession : Médecin
« Le DMP est une hérésie informatique. J'ai travaillé dans le domaine du Web pendant près de 10 ans. Les temps d'accès sont beaucoup trop longs et incompatibles avec la profession de médecin. Il aurait mieux vallu avoir une carte mémoire comme carte vitale avec sauvegarde sur le Web. Ainsi tout le dossier patient et les dossiers radiologiques pouvaient y figurer. Il est certain que le DMP ne sera jamais utilisé par les médecins. Et ce constat ne m'étonne guère. Le cahier des charges de départ a été très mal pensé par des gens qui ne connaissent pas ce qu'est un médecin. »
Le 09/08/2012 à 16h19
Profession : Médecin
« - Tenir un dossier patient à jour est déjà prenant, alors deux... - Ce n'est me semble-t-il pas au médecin traitant de gérer la partie administrative du DMP, mais aux structures d'état. - Je me vois mal prendre x temps pour intégrer des documents que le patient peut ensuite librement masquer voire effacer. - Quid de la rémunération concernant ce travail supplémentaire ? »
Le 09/08/2012 à 15h43
Profession : Médecin
« En fait, j'ai cru que l'article suivant, intitulé: "le malade est le pilote" concernait le DMP. Ce serait un titre approprié, vous ne trouvez pas? »
Le 09/08/2012 à 13h10
« C'est un constat que je fais en tant que patiente chronique multipathologies, ce DMP serait en effet particulièrement adapté pour le suivi avec les nombreux spécialistes que je consulte dans le cadre de 3 pathologies. Avec ce DMP en poche on aurait probablement évité une grave erreur médicale, chaque spécialiste pensant que l'autre spécialiste avait procédé à une certaine analyse nécessaire dans le cadre d'une traitement lourd. Avec ce DMP il y a une semaine on ne m'aurait pas donné un traitement incompatible avec les nombreuses molécules ingérées ce qui m'a conduite aux urgences. Oui au DMP pour les pathologies lourdes si les intolérances, allergies, autres spécificités apparaissent clairement dès l'accueil du dossier, accessible à tous dont le service des urgences. Il ne s'agit pas de regrouper des données, mais, à mes yeux de patiente chronique à surveillance chronique, d'un outil permettant rapidement de disposer des éléments essentiels au suivi du patient. » Une patiente
Le 09/08/2012 à 11h57
Profession : Médecin
« Le DMP sur support mobile existe et à été vote par le parlement en 2010. L'ASIP a fait bloquer les décrets d'applications pour nous vendre son DMP chez un hébergeur unique SANTEOs mis à jour via INTERNET. Exposition au risque de piratage ou de substitution de donnees maximum, d'autant que SANTEOS est une tte petite societe. Le contenu du dmp asip n est pas adapte aux besoins des médecins. Il faut réorienter vite ce projet avec les acteurs de soins, et la solution du Dr Doremieux existe déjà sur le plan technique, il suffit de la mettre en pratique avec les soignants, ce que prevoit la loi,c est simple et peu couteux. Le dmp asip nous a couté 200 millions d'euros depuis 2004, on mesure le résultat. »
Le 09/08/2012 à 07h59
Profession : Médecin
« Bonjour, Que d'argent gaspillé ! Le DMP décollera quand il sera utile aux médecins et pour qu'il soit utile aux médecins il ne doit pas se réduire à une "pochette à documents" ! Pour qu'il soit utile il faut un "chef d'orchestre" pour hiérarchiser ces documents et qu'il en fasse une synthèse exploitable par tous et régulièrement mise à jour et c'est bien entendu le médecin traitant généraliste qui est le mieux placé pour s'en acquitter, mais le MG est une espèce en voie de disparition et aucune rémunération n'a été prévue pour cela alors que des sanctions l'ont été dès 2004 (loi du 13/08/2004) s'il ne le renseignait pas ! Maintenant, sans rémunération spécifique pour cette tâche indispensable mais particulièrement chronophage, il est illusoire de penser que les MG français harcelés par les CPAM et méprisés autant par l'UNCAM que par les responsables politiques vont se mobiliser pour cela. » Marcel Garrigou-Grandchamp, FMF, 69003 LYON
Le 09/08/2012 à 07h57
Profession : Médecin
« Avez-vous visité les locaux et l’immeuble consacré au GIE-DMP ? Moi oui : en 2005 et en 2009 et qu’ai-je vu à cet immeuble ? De multiples locaux où chacun s’affaire à ne pas avancer ! J’y ai compris que, du secret médical, on s’en contrefout ; et tout y est discordes de spécialistes de logiciels sur le DMP-WEB et que les médecins conseil représentent, au GIE-DMP, le corps médical ! Bonne idée ! Et pour eux (Dr P.) j’y ai entendu qu’il n’est surtout pas question de ne pas partager le dossier privé avec la CNAMTS afin de suivre les dossiers des assurés qui abusent des examens et des consultations. Alors que faire ? Ben, en attendant la suite, vos dossiers informatisés, vous mettez les plus importants sur des cartes mémoires pas plus grandes que la carte VITALE, et vous les donnez à vos patients afin qu’ils aient des facilités dans leurs démarches ultérieures. Au moins vous leur rendez le service qu’ils attendent depuis 2004 et ceci sans trop vous compromettre avec les violations du secret médical. N’oubliez pas que vous êtes le responsable, histoire vécue, de cette violation, même si c’est le fait avéré d’un pirate, c’est votre faute personnelle ! » Docteur JEAN DOREMIEUX
Le 09/08/2012 à 07h48
« Je doute qu'un jour un DMP voit le jour réellement. En tant que secrétaire médicale, j'ai collaboré à un DMP expérimental. - je pense que ce DMP n'est utile que pour patients aux lourdes pathologies et/ou allergies. - et que tous les acteurs médicaux le tiennent bien à jour ! »

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Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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