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Dépassements : la hausse des tarifs Sécu, clé de la « négo » et casse-tête à la fois

 26/07/2012
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À l’issue de la première réunion de négociation conventionnelle sur les dépassements d’honoraires, les partenaires (médecins, Sécu, complémentaires) disposent désormais d’un calendrier détaillé avec sept réunions programmées en septembre/octobre jusqu’à une séance supposément conclusive le 17 octobre.

Parmi les sujets à l’ordre du jour figure noir sur blanc la « valorisation des tarifs opposables », qui sera discutée le 27 septembre (après trois autres réunions sur les dépassements abusifs, le contrat d’accès aux soins et la régulation du secteur II).

Grille tarifaire obsolète

Réclamée par la profession, mais aussi par les complémentaires santé, l’augmentation de certains tarifs de base de la Sécu sera une des clés de cette négociation, condition nécessaire mais pas forcément suffisante. C’est également un casse-tête. La direction de l’assurance-maladie sait qu’aucun accord ne sera possible sans évolution d’une grille tarifaire en grande partie obsolète, s’agissant notamment des actes chirurgicaux, obstétricaux et de la médecine générale.

Mais ses marges de manœuvre financières sont limitées. « Il faut examiner certains tarifs trop faibles, a admis Frédéric van Roekeghem au cours de cette séance. La révision des tarifs insuffisants doit se faire en lien avec la diminution des dépassements et du reste à charge ». Autre déclaration du directeur qui va dans le même sens : « il faut valoriser les praticiens qui exercent en tarif opposable, c’est dans le pot de la négociation ».

Flou artistique

Revaloriser certains tarifs, certes, mais de quoi parle-t-on ? Avec quels moyens et quelles priorités ?

D’abord, il convient de souligner que l’augmentation immédiate des tarifs médicaux remboursés par la Sécu n’est pas la priorité du gouvernement socialiste, dans un contexte de crise des finances publiques et de plans sociaux. Dans sa lettre de cadrage des négociations, Marisol Touraine se contente sur ce point de demander à la CNAM de travailler « dans la durée sur la politique de rémunération des soins médicaux ». Avec des objectifs assez flous : valoriser les soins de proximité, tenir compte des évolutions des soins spécialisés pour revenir, à long terme, vers des tarifs opposables.

Dans les « orientations » de négociation adoptées le 19 juillet, le conseil de l’UNCAM va (un peu) plus loin : les tarifs médicaux devront évoluer sur des bases économiques tenant compte du « coût de la pratique, de la technicité des actes, des gains de productivité ». Certains tarifs chirurgicaux et obstétricaux pourraient ainsi faire l’objet d’une valorisation particulière, de source syndicale. Ce même document évoque la poursuite des « travaux sur la valorisation des actes cliniques et techniques », en particulier dans le cadre du nouveau contrat d’accès aux soins qui sera un des sujets de la négociation.

Signaux négatifs

Côté syndicats, le fait que la CNAM mette la valorisation des tarifs à l’ordre du jour des négociations ne suffit pas à rassurer faute de connaître l’enveloppe financière qui sera octroyée aux honoraires médicaux et l’affectation de ces ressources par spécialité. « Il est bien trop tôt pour cela ! », a répondu à la presse le directeur de la CNAM en marge des négociations, interrogé sur l’enveloppe disponible.

Pour le Dr Michel Chassang, président de la CSMF, le deal est clair : « pour modérer les compléments d’honoraires », le gouvernement devra « investir pour mettre en adéquation les tarifs des actes du secteur I avec leur coût réel ». Or, la CSMF ne voit aucun signe positif à ce stade : ni la fixation de l’ONDAM 2013 (2,7 % au lieu des 3 % promis par François Hollande), ni le plan d’économies de la CNAM à hauteur de 2,2 milliards d’euros (qui prévoit de raboter certains tarifs spécialisés) ni, surtout, le récent rapport de l’IGAS/IGF qui préconise lui aussi des baisses de tarifs pour faire 15 milliards d’économies en cinq ans...

Le scepticisme est également de mise à la Fédération des médecins de France (FMF). « La valorisation des tarifs, on n’y croit pas trop, assure son président le Dr Jean-Paul Hamon. Le directeur n’a pas de marges sauf les recettes éculées qui consistent à prendre de l’argent aux radiologues et aux biologistes. Je crains une mise au pas de la médecine libérale et du secteur II ».

Investissement pluriannuel

À MG France, le président Claude Leicher prévient que l’enjeu de cette négociation n’est pas de solvabiliser de nouveaux dépassements mais bien de se préoccuper de l’attractivité du secteur I, où exercent 75 % des médecins (et 93 % des généralistes !). « Dans la négociation, j’ai entendu des propos très choquants de certains leaders qui défendent sans aucune décence le secteur II et les dépassements inévitables pour compenser la hausse des charges. En secteur I, les médecins ont les mêmes difficultés et compensent, eux, par un surcroît de travail ». Le Dr Leicher insiste sur le respect de la feuille de route politique qui « n’a pas changé » et vise à « réorganiser le système de soins autour de la médecine générale ». Cet objectif suppose « un investissement net sur plusieurs années », réclame le Dr Leicher, avec des gestes forts « dès le PLFSS 2013, faute de quoi la situation sera conflictuelle ».

Invités en tant qu’observateurs, les syndicats de jeunes médecins restent sur leur faim. « Il n’a pas été proposé d’avancée concrète concernant l’absence de revalorisation chronique des actes à tarif opposable (secteur 1). Nous rappelons notre attachement à l’exercice en secteur 2 (...) étant donné la lourdeur des charges et des investissements nécessaires », mettent en garde les internes (ISNIH) et les chefs de clinique (ISNCCA).

Au regard des attentes des médecins et des marges de manœuvre de la CNAM, la réunion du 27 septembre sur la valorisation des tarifs opposables devrait être sportive.

› CYRILLE DUPUIS

 
Les Commentaires | 14 commentaires
 
Le 01/09/2012 à 00h23
Profession : Médecin
« L' idée du déconventionnement de masse est intéressante... Je propose des journées de grève, qui auront le mérite de soulager la demande de soins et donc alléger le trou de la caisse : ... pour une journée par quinzaine ( aléatoire bien sur ), faire sur nos postes téléphoniques un renvoi d'appel vers le secrétariat du service médical de la caisse de tutelle ! ... C 'est pas une bonne idée, ça ? Je ne me fais pas d' illusion : mon métier mérite, indiscutablement , une rémunération meilleure... mais compte tenu d' une caisse qui empreinte chaque jour pour combler son trou (financier je précise) , et une population qui se paupérise à vitesse grand V, je songe de plus en plus à cultiver des betteraves dans mon jardin !!! Nos discussions, et l' articulation économique actuelle, ne valent que dans des contextes de croissance et de prospérité économique. Avant de réclamer des revalorisations d' honoraire, occupons-nous plutôt à faire, chez nous, des réserves alimentaires ! »
Le 31/07/2012 à 09h46
Profession : Médecin
« Il n'est pas normal et moralement acceptable que le médecin soit payé 23E brut, c'est à dire 11.5E net pour 15mn, voire 30mn de consultation et après 10 ans voire 15 ans d'études et de FMC. Il n'est pas acceptable et humainement correct que le médecin n'ait pas de promotion tarifaire après 10, 15, 20 ou 25 ans de carrière. Il n'est pas acceptable et politiquement viable que le gouvernement oppose la population aux médecins. Il serait acceptable et digne d'un pays moderne que le gouvernement dépense mieux et corrige ses erreurs de sous payer cette partie de ses citoyens et de les laisser tranquilles gérer avec pertinence les soins prodigués aux patients car la médecine française est l'une des meilleures du monde et les médecins français sont parmi les plus performants et les plus dévoués aux patients souvent au détriment de leur famille et de leurs enfants. »
Le 27/07/2012 à 14h30
Profession : Médecin
« Le déconventionnement collectif, j'en rêve... mais en sommes-nous capables ? Le mouvement serait suffisamment impopulaire et choquant vis-à-vis des patients pour que le gouvernement s'interroge enfin sur les limites du système public, déjà saturé, et la lassitude des libéraux. Moi j'y suis prête. Je suis spécialiste en secteur II, il me reste 6 à 8 années d'exercice, je me bats pour ma fille. Elle est généraliste, a vu hier plus de 40 patients, a monté et descendu des escaliers, reçu des CMU qui avaient oublié leur carte Vitale, rempli des formulaires d'AME, est rentrée chez elle vers 22 heures. C'est tout, elle y croyait... »
Le 27/07/2012 à 09h50
Profession : Médecin
« Compte tenu de leurs études et responsabilités les médecins ont droit à des revenus confortables pour une activité normale; mais certains n'ont-ils pas abusé en multipliant artificiellement les actes (secteur 1) ou les dépassements (secteur 2) ? »
Le 27/07/2012 à 09h27
Profession : Médecin
« Nous allons tout droit vers des honoraires-aumônes "opposables" pour faire croire au bon peuple que grâce à la sécurité sociale de la république la médecine est gratuite et illimitée et a des dessous de table généralisés. »
Le 27/07/2012 à 06h49
Profession : Médecin
« Nous avons le privilège d'avoir des Robin des bois au gouvernement ! Les gentils socialistes vont récupérer un max auprès des méchants capitalistes - industriels, médecins, et... non ! On ne touche pas aux journalistes, aux députés, aux footballeurs et surtout aux fonctionnaires de la météo nationale - et distribuer des sous aux miséreux. Montebourg et Touraine vont sauver le bon peuple comme les nobles du XVIIè siècle !.... »
Le 26/07/2012 à 23h22
Profession : Médecin
« Il faut que la base réagisse et vite. Déconventionnement de masse. Ils enverront des énarques pour faire notre boulot ? »
Le 26/07/2012 à 23h08
Profession : Médecin
« Á quand le déconventionnement de masse ? »
Le 26/07/2012 à 22h41
Profession : Dentiste
« Le jour où ils mettront les soins dentaires au tarif de nos investissements ... Arrêtez de cracher sur les autres et occupez vous de votre profession ! »
Le 26/07/2012 à 21h32
Profession : Infirmier
« Pourquoi toujours reporter la responsabilité sur les autres et générer ainsi des tensions entre professions... Nous sommes tous dans le même bâteau... Les honoraires du secteur 1 sont effectivement scandaleusement sous-payés. La liberté d'installation et d'exercice a atteint ses limites et quand on lit les revendications des jeunes médecins encore en formation on a surtout l'impression de les entendre réclamer un droit au "libre tarif" plus qu'une indépendance d'exercice... Il n'y a nulle référence aux devoirs liés à leur pratique et à l'éthique médicale... L'exercice de la médecine libérale doit permettre au praticien de vivre correctement, mais pratiquer la médecine pour "faire du fric" est indécent et sans espoir, il faudrait s'en rendre compte avant d'entamer ses études. Je suis infirmière à la retraite et femme de médecin, lui aussi retraité. »
Le 26/07/2012 à 21h29
Profession : Médecin
« Vos pieds doivent être dans un état... »
Le 26/07/2012 à 21h09
Profession : Médecin
« pas 10% des actes , mais 100% des actes commentaire précédent »
Le 26/07/2012 à 20h04
Profession : Dentiste
« Etant chirurgien dentiste, je précise que la dernière revalorisation de quelques uns de nos actes de soins date de 2006 ! Un acte comme le détartrage n'a pas été revalorisé depuis 1997 ! Quand aux actes prothétiques leur base de remboursement par l'assurance maladie n'a pas évolué depuis plus de 25 ans ! Nos charges et frais si ! »
Le 26/07/2012 à 19h28
Profession : Médecin
« Ma pédicure prend un tarif 8 fois supérieur que le tarif conventionné, est-ce normal pour elle, sur 10% de ses actes, sans tact ni mesure, pourtant elle n'a jamais inquiétée par des ministres qui veulent casser du médecin. Je proposerais que l'on devienne tous pédicures alors ils nous laisseraient tranquilles. Je ne vous parlerai pas de mon dentiste, il est le prochain sur la liste!!!!!! »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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