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Chirurgien lyonnais : dix millions d’euros d’indemnités pour une erreur médicale tragique

 26/06/2012
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La cour d’appel de Lyon a condamné le 16 mai l’assureur d’un chirurgien lyonnais à verser plus de 10 millions d’indemnités à un jeune patient et à sa famille. Le garçon, handicapé pour toujours et dépendant d’une aide à la vie quotidienne, est atteint de graves séquelles neurologiques à la suite d’une succession d’erreurs médicales (ayant pour origine un défaut de diganostic) survenues le 11 septembre 2001.

Erreur médicale ayant entraîné un « préjudice incommensurable », a jugé la cour d’appel. L’indemnité, un record dans ce type d’affaires, est « à la hauteur du préjudice » subi par la victime et par l’ensemble de sa famille. Le patient, aujourd’hui âgé de 11 ans, d’un âge mental de moins d’un an, pratiquement aveugle et mutique, incapable de subvenir au moindre de ses besoins, devra toute sa vie bénéficier d’une aide à la vie quotidienne. Comme la responsabilité civile est engagée, « c’est la compagnie d’assurance du chirurgien, le Dr René Paule, qui prendra en charge ces dommages et intérêts », a expliqué Me Dominique Arcadio, l’avocat de la famille, qui a révélé le jugement, dénouement de plus de dix ans de procédures et publié à la Une du Progrès.

Le chirurgien n’a pas en revanche été condamné pénalement, a ajouté l’avocat, « parce que les juges ont estimé que la faute commise ne répondait pas aux critères légaux de l’infraction de blessures involontaires pour laquelle le chirurgien était poursuivi ».

Le prix d’une vie

À quel prix évaluer une vie brisée pour toujours ? La décision lyonnaise, une « première », intervient dans le contexte particulier d’un barreau lyonnais qui, depuis des années, a mené une réflexion humaniste de fond sur la « juste indemnisation » du préjudice médical.

Admis en urgence en septembre 2001 pour une douleur au genou à la clinique du Val d’Ouest, dans la banlieue de Lyon, le garçonnet a été victime d’une succession d’erreurs avec pour origine un défaut de diagnostic (l’hémophilie). C’est en état de choc, après ponction à la hanche, administration d’antibiotiques, pose d’un cathéter entraînant hémorragie et anoxie cérébrale prolongée, qu’il est transféré en urgence à l’hôpital pédiatrique Debrousse, établissement de référence du CHU à l’époque, où trois plus tard une hémophilie grave sera diagnostiquée.

Selon Me Arcadio, la non détection de l’hémophilie et « l’intervention chirurgicale effectuée à la clinique en l’absence de bilan préalable sont à l’origine de l’accident ». Après la plainte des parents, seul le chirurgien avait été poursuivi, les autres praticiens, poursuivis eux aussi dès 2001, ayant bénéficié d’une loi d’amnistie en août 2002.

Si elle a provoqué dans les milieux médicaux lyonnais, depuis sa médiatisation, une stupeur mêlée d’extrême compassion pour la victime, cette condamnation en appel n’a, jusqu’à présent, fait l’objet d’aucun pourvoi. Par la voix du Dr Charles Msika, la SOFCOT, seule organisation professionnelle à avoir réagi jusqu’à présent, rappelle, « sans se risquer à commenter une affaire aussi douloureuse, que le risque zéro n’existe pas » et que ce type d’accident reste « exceptionnel ». Avant d’ajouter que les « primes d’assurance réclamées aux chirurgiens ont décuplé en vingt ans » et qu’il ne faudrait pas que le risque médical jouxté au montant sans cesse croissant des primes d’assurance décourage les vocations.

GÉRARD CLAVAY

 
Les Commentaires | 4 commentaires
 
Le 28/06/2012 à 07h34
Profession : Médecin
« René PAULE est mon correspondant depuis 15 ans. Il gardera toute ma confiance car c'est un chirurgien remarquable et un homme aux qualités relationnelles avec ses patients exceptionnelles. »
Le 27/06/2012 à 07h31
Profession : Médecin
« C'est un peu dur d'avoir un avis sur cette catastrophe. Je ne comprends pas que ce soit un chirurugien qui soit le seul responsable, que ses confrères aient le bénéfice d'amnistie. Tout à fait d'accord sur le fait que ça risque de décourager les vocations. »
Le 27/06/2012 à 00h12
Profession : Médecin
« S'il est tout à fait normal d'indemniser les victimes, il n'en est pas de même des médecins qui travaillent souvent jour et nuit, avec un stress permanent, une judiciarisation de la médecine qui n'a plus, à l'heure actuelle, une obligation de moyens mais une obligation de résultats... »
Le 26/06/2012 à 20h08
Profession : Médecin
« Les assurances des praticiens devraient être gérées à la même enseigne que l'assurance-maladie et la même pour tous. La responsabilité est une chose grave mais elle devrait être la même que l'on soit hospitalier ou libéral, sinon c'est la fin de la médecine "à la française" et nous devrons tous travailler au sein d'une administration qui couvrira tous les risques. »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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