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28 % d’actes injustifiés : les médecins évoquent d’abord la pression des patients

 04/07/2012
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De l’aveu même du corps médical, tous les actes médicaux pratiqués ne seraient pas justifiés. Un sondage* TNS commandé par la Fédération hospitalière de France (FHF) et disponible en ligne (format PDF), livre d’intéressantes statistiques. Les médecins interrogés considèrent que 72 actes sur 100 sont pleinement justifiés (76 % selon les spécialistes libéraux, 68 % selon les généralistes libéraux et 74 % selon les médecins hospitaliers).

Les généralistes se font plus sévères s’agissant de leur propre discipline : ils sont 27 % à estimer que plus d’un acte sur cinq n’est pas justifié en médecine générale.

tns_fhf.png

Pour les généralistes (MGL), la demande des patients est à l'origine des actes injustifiés dans 93% des cas (sondage TNS).

La demande des patients est la première raison avancée (85 % des sondés y font référence ; chez les généralistes, le taux grimpe à 93 %). Suivent la peur du risque judiciaire (58 % des 803 médecins interrogés), un problème lié à la formation médicale (39 %), l’absence de contrôle des pratiques (27 %), les incitations économiques (20 %). L’absence de référentiels partagés par les professionnels est citée par la moitié des jeunes médecins (exerçant depuis moins de dix ans).

Pas de sanction contre les médecins trop enclins à prescrire

La FHF a fait de la pertinence des actes l’un de ses chevaux de bataille. La lutte contre les actes superflus est un enjeu de santé publique autant qu’un enjeu économique, fait-elle valoir. Son président, interrogé ce 4 juillet par « Le Figaro », précise ne pas réclamer de sanctions contre les médecins qui prescrivent trop.

« Ce n’est pas notre logique, observe Frédéric Valletoux. La première chose à faire, c’est de rendre l’information disponible. Dans les mois qui ont suivi notre campagne de communication sur les radiographies du crâne inutiles, leur nombre a reculé de 9 %. Il y a encore trop peu de référentiels qui, sur la base d’études scientifiques incontestées, indiquent aux médecins quels actes prescrire dans quels cas - même si la Haute autorité de santé a commencé ce travail, sur la cataracte ou les césariennes. Mais on doit aussi modifier les modes de rémunération pour que les revenus des professionnels de santé libéraux et des hôpitaux dépendent moins des volumes d’actes ».

Mise à jour (jeudi 5 juillet) : les spécialistes de la CSMF n'ont pas tardé à réagir à ce sondage. Dans un communiqué, le syndicat dénonce la tentation de stigmatiser la médecine libérale et pointe du doigt le manque de transparence de l'hôpital pour les actes.

› D. CH.

* L’enquête a été réalisée du 27 avril au 4 mai 2012 auprès d’un échantillon national de 803 médecins (402 médecins hospitaliers, 201 spécialistes libéraux, 200 généralistes libéraux).

 
Les Commentaires | 7 commentaires
 
Le 02/08/2012 à 16h34
Profession : Médecin
« Aux "actes injustifiés", j'ajoute ceux effectués pour les patients qui sortent de l'hôpital sans ordonnance de médicaments ou de biologie ou d'IDE (y compris quand ils ont besoin d'une HBPM !! y compris un vendredi soir !) ou sans bon de transport, etc ; l'hospitalier leur ayant dit "votre médecin n'aura qu'à le faire" (entendu de nombreuses fois) !! »
Le 02/08/2012 à 16h24
Profession : Médecin
« 1) Dans mon expérience aussi, les enseignants sont particulièrement demandeurs : consultations pour des bobos, demandes d'examens... 2) Parmi les "actes inutiles", pour moi il y en a beaucoup qui sont liés à la paperasse ; j'avais tendance à les faire gratuitement, mais il y en a de plus en plus, et "tout travail mérite salaire" après tout : allez demander à un notaire de travailler gratuitement sous prétexte qu'il ne fait "que" des papiers ! Pourtant, beaucoup de patients ne comprennent pas qu'on leur fasse payer une consultation pour 10, 15 voire 20 min de paperasse - hélas indispensable à leur prise en charge. Si l'inflation paperassière continue (où est la "simplification administrative ??), je vais ajouter sur ma plaque "paperassologue". Et qu'on ne me fasse pas croire que la dématérialisation nous simplifie la vie. Sur ordi ou sur papier, une corvée administrative reste une corcée administrative. »
Le 06/07/2012 à 11h43
Profession : Médecin
« 28% d'actes injustifiés, peut-être que les futurs 60000 postes d'enseignants pourraient faire de l'éducation de la santé auprès des élèves, de leurs parents et grands parents, pour réduire ce taux et éviter l'assaut de nos salles d'attente par des patients, les enseignants entre autres, qui s'interrogent trop sur leur "pet de travers" oubliant le moindre bon sens ? »
Le 05/07/2012 à 05h34
« Il n'y a aucune raison de classer ces actes "hors nomenclature". L'obligation de moyens est l'argument qui doit avoir le plus de poids. »
Le 04/07/2012 à 23h08
Profession : Médecin
« "modifier les modes de rémunération pour que les revenus des professionnels de santé libéraux et des hôpitaux dépendent moins des volumes d’actes" . C'est le nerf de la guerre entre ministère, CNAMTS et médecins. Le tour pris sur les dépassements d'honoraires prouve que personne n'a toujours rien compris... »
Le 04/07/2012 à 22h28
Profession : Médecin
« Facile de jeter la pierre avec des questions aussi floues : pour moi aussi traiter un rhume avec des médicaments est un acte inutile mais pour le patient ? Une nouvelle campagne qui n'est pas sans arrière-pensées : est-il si difficile d'être honnête et d'annoncer le panier de soin... Ph.D médecin de campagne »
Le 04/07/2012 à 20h12
Profession : Médecin
« Et si ces actes étaient tout simplement cotés HN, hors nomenclature ? Mais les mutuelles ne seraient pas d'accord, ayant trop peur que les assurances santé ne leur prennent une part du gâteau... »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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