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Les « négos » dans l’impasse : la colère monte dans la profession

 22/10/2012
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À quelques heures de l’ultime séance de négociation sur les dépassements (à partir de 19 h 30 ce lundi soir), tous les discours médicaux se radicalisent et dénoncent le projet d’avenant. Pour les pouvoirs publics, l’affaire se corse.

• La CSMF dit « niet »... sauf si sept conditions sont réunies

Après le SML, qui avait posé ses conditions à son éventuelle signature, la CSMF, réunie samedi en assemblée générale extraordinaire, a jugé le projet d’accord « très déséquilibré », et a décidé de ne pas le signer en l’état. Pour le syndicat, le texte « devra être réécrit ».

La CSMF ne pourrait le parapher qu’à sept conditions : un plan d’urgence pour le secteur I ; des échéances de revalorisations qui ne soient pas diluées dans le temps ; une ouverture du contrat d’accès aux soins aux anciens chefs de clinique bloqués en secteur I (ce point ne figure pas dans l’accord actuel) ; un engagement financier ferme des complémentaires ; l’absence de quota minimum de praticiens de secteur II adhérant au contrat d’accès aux soins pour que celui-ci entre en vigueur (le texte mentionne une clause de 50 % de médecins contractants) ; une procédure de suivi « équitable » des pratiques abusives ; enfin un élargissement des tarifs opposables en secteur II limité aux seuls « bénéficiaires effectifs » de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire (ACS), et non pas à tous les patients « éligibles » à l’ACS comme le prévoit le projet actuel (risque de contentieux ultérieurs).

• Les chirurgiens se préparent à fermer les blocs le 12 novembre

Plusieurs centaines de praticiens – un millier selon les organisateurs – ont assisté à un rassemblement à l’appel du BLOC, qui se tenait samedi au Grand Rex à Paris. À cette occasion, plusieurs syndicats ont rappelé leur opposition radicale au projet d’avenant discuté pendant les négociations.

Des représentants du BLOC, de la FMF, du SYNGOF, du mouvement des médecins « pigeons » mais aussi des internes (ISNIH) et des chefs de cliniques (ISNCCA) se sont succédé à la tribune pour dire tout le mal de ce projet. Avec verve, le Dr Philippe Cuq, coprésident du BLOC, a déclaré qu’il ne voulait pas que la profession cautionne un accord qui limiterait les dépassements. « Si c’est un choix politique, il doit être assumé par le gouvernement, pas par les syndicats qui défendent la médecine libérale », a-t-il lancé.

Le BLOC a appelé à fermer les blocs opératoires le 12 novembre. « Notre proposition est de concentrer toutes nos énergies sur la journée du 12 novembre. Si les internes, les chefs de clinique, les médecins libéraux, les spécialistes du bloc opératoire (anesthésistes, chirurgiens, obstétriciens), arrêtent tout d’un coup, c’est gagné et c’est ce qu’il faut faire, affirme le Dr Cuq. Il faut que le 12 novembre, il y ait un arrêt d’activité. Personne ne nous sauvera, il faut se mobiliser. »

Le BLOC va prévenir les agences régionales de santé (ARS) mais aussi la population « des perturbations très importantes à venir ». « Si on se mobilise tous sur toute la France, ça ne durera pas deux jours. »

Certains vont déjà plus loin, inscrivant le mouvement dans la durée. « Vous ne remplissez aucune consultation et aucun bloc opératoire à partir du 12 novembre, c’est clair ? appelle le Dr Didier Legeais, vice-président de l’UCDF. Vous videz vos blocs jusqu’au 19 ou 20. » Les anesthésistes libéraux (AAL) ont annoncé qu’ils rejoignaient les chirurgiens et obstétriciens dans leur mouvement de cessation d’activité le 12 novembre. « Le nouvel avenant n’apporte aucune solution pour revaloriser le secteur I et préserver l’exercice libéral », estime l’AAL.

• Les internes de spécialité et les chefs prêts à se mobiliser

Les Intersyndicats nationaux des internes des hôpitaux (ISNIH) et des chefs de clinique assistants (ISNCCA) n’apprécient pas non plus la tournure des négociations qu’ils qualifient de « mascarade ».

Ils se disent prêts à se mobiliser à nouveau après la grève des gardes et astreintes du 17 octobre. « Nous constatons avec colère que la place accordée aux jeunes médecins n’est pas celle qui figurait parmi les engagements présidentiels sur la jeunesse », font savoir les internes et les chefs.

À Paris, le SIHP a appelé à une manifestation ce lundi à partir de 17 heures devant le siège de la CNAM, alors que les négociations sont censées reprendre à 19 h 30 – l’horaire initial de la séance (18 h) a été reporté.

Les internes de médecine générale, en revanche, ne s’associeront pas à la grève initiée par l’ISNIH. Réunie en conseil d’administration à Rouen, ce week-end, l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) ne « trouve pas de justification à cette grève », « rien ne laissant présager d’une coercition à l’installation ».

› CYRILLE DUPUIS ET CHRISTOPHE GATTUSO

DOSSIER SPÉCIAL : dépassements d'honoraires

 
Les Commentaires | 12 commentaires
 
Le 23/10/2012 à 11h56
Profession : Médecin
« Et voilà de belles idées socialistes, la générosité avec le travail et l'argent des autres. Et quelle belle manière de promouvoir le travail, la performance, le courage, le dépassement de soi que de rendre coupables les médecins, qui font les études les plus longues, qui commence à gagner leur vie à 32 ans et pas tout de suite à des niveaux acceptables, ils faut bien commencer et maintenant tous aux smic, comme en URSS à la grande époque avec les résultats en matière d'innovation que l'on connaît. Comme par hasard, une grande partie des progrès de la médecine et de la chirurgie viennent des USA!!!! CQFD Stop et arrêt le 12 novembre. Honoraires libres, que la concurence joue son rôle. Et de toutes les manières, le pauvre et l'indigent seront toujours pris en charge, selon notre serment. »
Le 23/10/2012 à 11h39
Profession : Médecin
« 2014, les municipales : de quoi remercier le gouvernement pour le naufrage de la médecine ! »
Le 23/10/2012 à 05h21
Profession : Médecin
« Cessons de nous disputer, demandons la liberté des honoraires. »
Le 22/10/2012 à 23h46
Profession : Médecin
« A quand le secteur II à nouveau ouvert aux médecins non spécialistes ? »
Le 22/10/2012 à 23h12
Profession : Médecin
« Le secteur 1 représenté par les IMG a tort de croire que cette affaire ne les concerne pas ! Rappelons-nous des années 90 avant la fermeture du secteur 2. Tous les médecins généralistes s'installaient dans le secteur (2) comme son voisin. Demain en bloquant les honoraires puis en supprimant le secteur 2 tout le monde sera dans le même bain. Fini les clientèles pléthoriques en secteur 1. Il y aura dilution... à 23 ou 24 euro plus des charges et des impôts qui ne cessent de grimper, ce sera dévissage pour tous les jeunes et tous ceux qui n'auront pas la chance d'avoir eu une clientèle à racheter. L'histoire est toujours la même... Les internes sont aveugles car ils ne connaissent pas le bain dans lequel ils vont devoir se mouiller. »
Le 22/10/2012 à 23h09
Profession : Médecin
« Ceux parmi nos confrères qui trouvent que les médecins gagnent bien assez et qui fustigent ceux qui se plaignent et ne penseraient qu'au fric, évaluent leur travail à combien pour une juste rémunération ? Le SMIC pour tous les médecins ça irait ? Non ? Et pourquoi non ? »
Le 22/10/2012 à 22h16
Profession : Médecin
« Les médecins comme les chefs d'entreprise sont pris pour des pigeons. Les politiques ne doivent pas oublier que les réformes du système de santé en France ne peuvent pas passer en force et sans l'aval des médecins. Rappelez vous avec Juppé les médecins avaient malheureusement contribué à un renversement de l'Assemblée nationale avec Jospin comme nouveau premier ministre. Décidément les Politiques ont vraiment la mémoire très courte. »
Le 22/10/2012 à 22h14
Profession : Médecin
« Les internes de médecine ont surtout une rancune tenace contre les spécialistes (très nettement ressentie à l'hôpital, peu en ville) qui leur ont souvent pris le poste qu'ils convoitaient lors de leur préparation de l'enc. Triste réalité confirmée par leur attitude actuelle ! Notre système de sélection basée sur la compétition induit ce genre de rancune... »
Le 22/10/2012 à 21h49
Profession : Médecin
« Les IMG se trompent car 1) la coercition à l'installation n'est pas le seul problème qui les concerne ; 2) on trouve sur le site des médecins pigeons un projet de loi récent visant justement à cette coercition. »
Le 22/10/2012 à 21h35
Profession : Médecin
« Arrêtez d'appeler à la solidarité entre médecins, elle n'existe pas... Depuis des décennies, les syndicats et les partenaires conventionnels favorisent les spécialités techniques. Il n'y a aucune justification pour la différence de revenu horaire entre un pédiatre et un chirurgien, entre un psychiatre et un radiologue,..... Chacun prêche pour ses "revenus".... À quand une remise à plat de tout cela ? Cette négociation est encore une supercherie... »
Le 22/10/2012 à 21h16
Profession : Médecin
« C'est vrai qu'un tarif de consultation a 23 euro c'est top, pas la peine de faire grève !! On se réveille les jeunes. »
Le 22/10/2012 à 20h12
Profession : Médecin
« Les internes en médecine seraient ils plus bêtes que les autres ? N'ont-ils pas appris à lire ? Cette absence de solidarité est plutôt malvenue alors qu'un mouvement fort est indispensable pour que les médecins se fassent entendre, et non pas sanctionner comme des voyous. »

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Bientôt trois ans que la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) a été votée. Les hôpitaux publics en commencent tout juste la digestion. Rappelons-nous. C’était il y a bien longtemps. Avant François Hollande. Avec pour slogan emblématique « un seul patron  à l’hôpital » – formule portée par Nicolas Sarkozy en personne –, ce texte a, dès sa préparation et bien après sa promulgation, suscité un enthousiasme très modéré chez les médecins de l’institution. Car le « patron » ainsi désigné n’était pas celui que l’hôpital avait pour coutume de nommer.

Non. Le pilote, depuis l’été 2009, c’est le directeur. Et, au-delà de cette révolution de gouvernance, la loi dite Bachelot a, à bien des égards, changé la donne de l’exercice de la médecine à l’hôpital.

Inventée avant elle, l’organisation interne en pôles s’est étendue et les médecins « chefs de pôle » sont désormais de nouvelles figures de l’hôpital ; les CME ont (douloureusement) mué ; un statut un peu extra-terrestre de « clinicien » a vu le jour pour tenter d’attirer les médecins dans le secteur public ; des communautés hospitalières de territoire (CHT) se constituent ; les internes peuvent désormais faire des escapades dans le privé… Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), qui, ainsi que leur nom l’indiquait, chapeautaient jusque-là les établissements « en famille », ont gagné du poids et de l’influence en se transformant en agences régionales de santé (ARS).

Les médecins, dans tout ça ? Séduits, en colère, entrepreneurs, déçus ou enthousiastes, ils témoignent dans nos colonnes.

Karine Piganeau


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